Interview de Takuya Wada

Le touche à tout de l’animation japonaise (il fut entre autre directeur de l’animation pour Hokuto no Ken) a été interviewé pour le magazine Tracks.

Un Kanzenban est un volume en édition collector. Ces volumes sont généralement plus coûteux et plus fournis, avec des caractéristiques spéciales telles que des couvertures conçues spécifiquement, un papier de plus haute qualité, une couverture de protection spéciale, etc.

Seuls les mangas les plus populaires paraissent sous ce format.

Un tankōbon est le terme japonais pour un recueil de chapitres de manga. En 1955, les éditeurs décident de republier les mangas diffusés par intermittences dans les magazines en un format poche à couverture souple. Il compile plusieurs chapitres d'une même série et les publie sur du papier de haute qualité. Ce sont ces versions qui sont utilisées pour les traductions européennes et américaines.

Weekly Shōnen Jump, fréquemment abrégé en Shōnen Jump, est un magazine de prépublication de mangas hebdomadaire de type shōnen créé par l’éditeur Shūeisha le 2 juillet 1968 et toujours en cours de publication. Il fait partie de la gamme de presse « Jump » de l’éditeur, celle-ci étant destinée à un public masculin de tous âges.

Interview Hara et Buronson (2000 – Hilton Tokyo)

Interview fleuve réalisée le 26 mai 2000 au Hilton Tokyo, dans le cadre de la sortie de la série de figurines Kaiyodo 200X.

Traduit du japonais pour Hokuto Destiny

Traduction libre depuis l’italien par Lhaz


Aujourd’hui, je voudrais vous parler de l’incroyable popularité que connaissent ces derniers temps les figurines d’action Hokuto no Ken. Depuis combien de temps ne vous êtes-vous plus rencontrés ?

Buronson: On s’est revu pour une interview dans le même genre, mais on ne s’était plus rencontrés une seule fois depuis sa première publication.

Vous souhaitez rester à l’écart l’un de l’autre ?

Buronson: Non, c’est tout simplement parce que l’éditeur ne veut pas nous rencontrer.

Hara: Ils ont mis un intermédiaire entre les deux.

Buronson: Oui, ce serait terrible si Hara commençait à me ressembler (rires).

On peut dire que Hokuto no Ken est d’abord le manga de maître Hara ?

Hara: Oui, il y a eu tout d’abord deux épisodes pilotes.

Pouvez-vous nous dire comment tout cela a commencé ?

Hara: L’idée initiale était de créer un manga de combat, parce que j’ai toujours admiré Bruce Lee. J’ai alors dessiné les deux épisodes pilotes, qui ont été les précurseurs de la sérialisation dans le Shōnen Jump…

Buronson: Étant donné que son travail allait devenir une série, les pontes ont commencé à chercher quelqu’un pour travailler à ses côtés, j’ai eu la chance d’être choisi. Ce fut vraiment un grand coup de chance pour moi ! (Rires)

Alors, qu’avez-vous pensé après avoir lu les épisodes pilotes?

Buronson: Dans le pilote, Kenshirō est juste un étudiant, le faire devenir un gars qui passe son temps à tuer des gens aurait été un peu exagéré. J’ai alors suggéré de projeter l’histoire dans l’avenir, et ce fut sans doute la clé du succès. Si nous étions resté sur le pitch de départ on n’aurait jamais pu créer des personnages comme ceux là (en pointant les figurines du doigt).

Hara: Tout à fait d’accord !

Buronson: Si on avait gardé le scénario de base les ennemis auraient simplement été d’autres étudiants et des criminels. Voilà pourquoi le contexte post-apocalyptique, à mon avis, a été essentiel au succès de l’oeuvre.

Aujourd’hui, nous aimerions vous interviewer pour parler du succès des figurines Hokuto no Ken.

Buronson: Je l’avais complètement oublié (rires). Le premier c’est Shin de la Croix du Sud, non ? Je me souviens avoir créé le personnage sans même penser qu’il ferait sept cicatrices sur la poitrine de Ken. C’est une idée qui est sortie de nulle part, bien après.

Pourquoi ? vous n’aviez pas le temps de penser à tous ces détails ?

Buronson: Exactement, je n’avais même pas réfléchi à la motivation qui pousserait Kenshirō à poursuivre Shin. Hokuto no Ken est simplement né comme un Road Movie, donc j’ai d’abord créé l’ennemi, puis les sept cicatrices et finalement pour trouver un but à Kenshirō j’ai rajouté l’idée que sa femme avait été enlevée. Tout a été créé dans une séquence, une idée à la fois.

Comment trouvez-vous la figurine de Kenshirō ?

Hara: Le design est basé sur l’anime, pas mal !

À l’époque, vous n’avez jamais imaginé à quoi ressemblerait Ken en trois dimensions ?

Hara: Je l’ai toujours pensé en trois dimensions, c’est précisément la raison qui fait que j’ai travaillé dur pour me perfectionner en tant qu’artiste.

Est-ce qu’il a été appelé Ken/ Kenshirō, parce qu’il est le quatrième des frères ? (四郎Shirou = quatrième fils) ?

Buronson:  Oui. Jagi était le plus facile à imaginer parce qu’il représentait le méchant classique. Les deux autres frères étaient à l’époque portés disparus, mais comme je n’étais pas encore sûr de moi, j’ai demandé à Hara de ne dessiner que leur silhouette, un grand et l’autre plus mince. Tout est parti de là.

Raoh est, avec Ken, l’un des personnages qui a le plus marqué les esprits de par sa stature, vous voulez dire que vous n’aviez pas encore pensé à tous les détails qui caractériseraient le Roi du Poing ?

Buronson: Pas du tout. Comme il était le plus vieux il devait être grand, tout simplement.

Hara: Raoh a été entièrement imaginé par Buronson. Je n’ai rien ajouté.

Pour créer Raoh vous vous êtes basé sur quelque chose ou quelqu’un en particulier ?

Buronson: Absolument pas ! C’était juste un gars énorme qui montait un cheval encore plus énorme. J’ai pensé qu’il aurait un impact visuel extraordinaire, c’est tout.

Interviewer: Dans les commentaires du volume manga est écrit qu’elle Buronson Sensei, dit le Maître de Hara faire Raoh était très cool dans sa première apparition.

Hara: Non, c’était une blague (rires).

Buronson: Je n’étais pas encore certain à 100% du personnage, c’est la raison pour laquelle on a d’abord montré le cheval. Quel homme peut monter un cheval dont les empreintes de sabots sont aussi grandes que celles d’un éléphant ?

Raoh est vraiment énorme.

Hara: Les proportions sont celles des “yeux du cœur”, ce n’est pas une représentation exacte des mesures. Même le cheval a l’air énorme précisément parce qu’il est vu à travers ces yeux.

Je vois. Raoh et Kokuō font partie d’un ensemble.

Un travail acharné qui devient obsession…

A l’époque, j’ai cru que l’histoire se terminerait avec la mort de Raoh.

Hara: Moi aussi…

Buronson: Il n’y avait plus rien à ajouter, l’essence même de l’histoire avait disparu.

Hara: Au début, il avait été décidé de mettre fin à la série au bout de trois ans, avec la mort de Raoh. Mais les dirigeants de l’époque sont venus nous dire : « Ressuscitez Yuria !! », vous connaissez le reste de l’histoire.

Buronson: Nous leur avons répondu qu’il n’y avait aucun moyen de poursuivre l’histoire, mais eux proposaient des trucs du genre « Que diriez-vous de faire revivre Yuria ? Ajoutez d’autres frères ! »

Hara: C’est alors qu’on a ajouté une année supplémentaire avec cette histoire du Nanto Goshasei.

Vous ne pouviez pas vous opposer à leurs demandes ? 

Buronson: Je pense que si on l’avait vraiment voulu on aurait pu le faire, mais bon…

Hara: Nous n’étions pas en position de force.

Buronson: Et quand on parle d’argent il n’y plus moyen de discuter normalement (rires).

Il est évident que les éditeurs ne voulaient pas perdre leur poule aux œufs d’or en vous donner la possibilité d’abandonner le projet.

Buronson: Oui, difficile quand vous en vendez un million d’exemplaires.

Hara: Au bout de 3 ans et demi, nous avions déjà été pendant deux ans classé 1er au classement de popularité du Weekly Shonen Jump.

Buronson: On pourrait penser qu’après la mort de Raoh on nous aurait accordé, disons, deux semaines de congé… Mais rien ! Ils nous ont demandé d’être prêts dès la semaine suivante. Ce fut l’enfer pour moi, je devais tout repenser. C’était comme de repartir à zéro.

Vous faites référence à l’histoire de l’Empereur et du pays de Shura ?

Buronson: Après la mort de Raoh c’était devenu la folie. Je ne me rappelle même plus de l’histoire ou des personnages après ça.

Hara: Au début nous voulions que l’histoire se termine par le premier combat entre Ken et Raoh, puis on a reporté jusqu’à une deuxième confrontation et enfin nous avions prévu de terminer après la troisième rencontre.

Vous vouliez déjà terminer Hokuto no Ken après le premier combat entre Ken et Raoh ?

Hara: Oui, il a été décidé de fairechoses vont bien, maisopté pour un tiragesort et cela nous a permis de poursuivre l’histoire pourautre année.

Buronson: Nous avons donc tué Rei fairefinla lutte dans un tiragesort, afin de prolonger l’histoire un peu plus.

Buronson, vous avez créé tant de personnages formidables que vous avez fait mourir les uns après les autres. Personnellement j’aimais beaucoup Rei.

Buronson: Faire mourir un bon personnage c’est la meilleur façon de le rendre populaire. C’est vicieux mais ça marche (rires).

Hara: Buronson ne m’a jamais rien dit à propos de ses futures décisions, donc du coup je laissais paraître toute mon affection pour les personnages dans mon dessin… sans connaître leur sort tragique qui les attendait. Voilà pourquoi les lecteurs sont restés surpris à la mort de Rei.

Vous voulez dire que Buronson ne vous a jamais dit “tel ou tel personnage va mourir dans quelques chapitres” ?

Hara: Oui, exactement.

Buronson: Sensei, même si je l’avais voulu je n’aurai pas pu le faire étant donné que je ne savais même pas comment j’allais développer l’histoire.

Hara: Je vois…

Si vous l’aviez su vous pensez que les personnages auraient été dessinés de manière différente ?

Hara: Oui, je pense que les lecteurs auraient commencé à sentir que quelque chose allait arriver.

Buronson: Voilà pourquoi les éditeurs ne veulent pas qu’on se rencontre, on finit toujours par parler de ce qui se passera ensuite.

Buronson: Par exemple, si maître Hara m’avait demandé d’ajouter quelque chose dans l’histoire j’aurai certainement fini par accepter. Nos dirigeants ne veulent pas de ça, ils ne veulent pas que je travaille sous influence.

Je comprends. Est-ce que le “Shichōsei” (Etoile de la Mort) était son idée, Sensei ?

Buronson: Non, j’ai demandé au rédacteur en chef s’il avait des idées. Il m’a répondu: “Oui, il y a cette étoile, on dit que ceux qui peuvent la voir dont mourir.”

Dans différentes séries il est normal que les personnages reviennent à la vie. Pourquoi ne pas avoir choisi d’aller dans cette voie ?

Hara: Pour moi, c’était difficile de ressusciter Yuria. Quand on m’a annoncé son retour je me souviens que je n’avais pas soutenu cette idée.

Buronson: Mais nous n’avons ramené aucune autre personnage à la vie.

Hara: Oui, c’est vrai. On nous a demandé de ramener des personnages populaires comme Toki et Rei, mais si on ressuscite à tout va alors la mort elle-même perd tout son poids.

Les scènes violentes de l’anime sont devenues un véritable sujet de discussion à l’époque.

Hara: Quand je dessinais le manga j’ai fait de mon mieux pour éviter que les scènes trop violentes ne se ressemblent pas trop.

Buronson: Mais dans l’anime ça éclabousse de partout ! Nous sommes souvent intervenu sur ce sujet, « Ne montrez pas le sang », « Ne pas le colorer en rouge » … on l’a répété de nombreuses fois.

Hara: Pour le manga il n’y avait pas de problème, tout est en noir et blanc.

Buronson: L’anime est en couleur, et le sang était rouge. Nous sommes allés aux studios de production de la série télévisée pour demander à ce que le sang soit coloré en bleu ou pour qu’on lui donne un effet différent. Cependant, certaines scènes ont gardé un fort impact visuel en termes de violence, et les gens ont commencé à le critiquer. De nombreux mangaka ont alors essayé d’imiter Hara en essayant de proposer des œuvres avec des scènes de violence réalistes. A l’époque je pensais que ces mangaka ne ferait pas une longue carrière, et j’avais raison car aujourd’hui nous n’en entendons plus parler.

Hara Sensei, vous inspirez-vous de personnes réelles pour vos personnages ?

Hara: Oui, je me suis inspiré du cinéma et d’illustrations. Pour Hokuto no Ken, ce sont les illustrations de Frazetta et Neil Adams qui ont été mon point de référence. En général, les bandes dessinées américaines ont eu une forte influence sur moi. Pour Kokuō, par exemple, tout le travail revient à Frazetta (rires).

Buronson: Oui peut voir clairement l’influence des comics dans Hokuto no Ken. Tout comme dans Conan, tous les personnages sont virils.

Hara: Kenshirō a un physique normal, mais quand il se met en colère, il déchire tous les vêtements … exactement comme dans les comics.

L’Incroyable Hulk …

Hara: Oui, exactement.

Les gens ont souvent comparé Hokuto no Ken à Mad Max.

Buronson: Oui tout l’univers de Hokuto no Ken vient de là.

Hara: Il y a aussi une touche de Syd Mead. Hokuto no Ken intègre des films comme Blade Runner et d’autres films de cette époque. On trouve aussi l’influence de Bruce Lee mais aussi de Sylvester Stallone à un autre moment de l’histoire.

Très juste. Il y a certains moments où Kenshirō est identique à Stallone.

Hara: A l’époque, toutes ces influences m’ont permis de progresser. Stallone a gagné une place importante dans mes créations.

Pourquoi avoir dessiné Kenshirō avec des lunettes de soleil ?

Hara: En référence à Cobra…

Buronson: Kenshirō avec des lunettes de soleil ?

Hara: J’avais une liberté totale en ce qui concerne la tenue des personnages.

Quelles ont été les influences pour Ein ?

Hara:  Ein a été calqué sur Apollo Creed dans les films Rocky, et plus précisément sur son costume avec le drapeau américain. Je réfléchissais à une façon d’intégrer ce costume dans mes dessins.

De quel personnage vous sentez-vous le plus proche ?

Hara: Un peu de tous, mais Kenshirō en tout premier.

En tant que lecteur je peux vous dire que ce fut toujours un coup au moral de voir les meilleurs personnages mourir si tôt.

Hara: A l’époque ma tête étaient pleines d’images et d’idées sur ce qui devait se produire dans le chapitre suivant, je n’ai pas vraiment eu le temps de m’apitoyer sur leur mort.

Buronson Sensei ?

Buronson: J’ai le mauvais rôle dans l’histoire, le héros n’agit que pour arranger les drames que j’ai imaginé.

Hara: J’ai eu l’impression en lisant votre scénario que vous vous sentiez plus connecté à Raoh.

Buronson: Probablement parce qu’au fond de moi je l’ai toujours considéré comme le plus fort et que les affrontements entre les personnages sont ce qui fait le sel de l’histoire. Depuis cette perspective, Raoh a donc joué un rôle important. Mais je pourrai dire aussi que je l’aime tout simplement parce qu’il est grand !

Hara: Quand j’ai lu le scénario, j’ai commencé à fantasmer sur  Toki et Raoh, au potentiel de ces deux personnages dans l’intrigue.

Buronson: Rei, Souther et Shū disparaissent tous de façon épique. Des personnages qui meurent comme ça sont inoubliables, même pour moi.

Ils reflètent votre vision de ce que devrait être un vrai homme ?

Buronson: Eh bien, je ne suis peut-être qu’un bête artiste (rires) mais je pouvais deviner ce qui ferait pleurer les lecteurs.

Y compris les derniers mots de Raoh, ” De ma vie je ne garde aucun regrets “…

Buronson: C’est beau, non ? (rires)

Très beau.

Buronson: Je ne me reconnais pas dans ces mots (rires).

Hara: J’ai dessiné cette scène en y mettant tous mes sentiments … vous savez, pour éviter que les lecteurs ne se sentent pas floués (rires).

Buronson: Ma personnalité est plus proche de Jagi.

Ce n’est pas un peu embarrassant ?

Buronson: Je vis ma vie en suivant mes désirs et ma soif d’argent.

Hara: Non il n’est pas comme ça.

En parlant de morts épiques, celle de Souther était aussi très puissante : les trois frères de Hokuto sont réunis et la pyramide de l’empereur sacré était spectaculaire, grâce à la tridimensionnalité qu’a réussi à créer Hara Sensei.

Buronson: La fin de Souther était encore plus belle que celle de Raoh. J’ai adoré écrire la partie où Shū porte sa propre pierre tombale jusqu’au sommet.

Shū, avant de mourir, dit qu’il peut voir le visage de Ken.

Buronson: C’est une référence au Christ à Golgotha. Quand mon script est bon, les modèles atteignent un autre niveau. Avec la mort de Souther et celle de Raoh j’ai eu quelques difficultés et les conceptions ont, dans un sens, été touchées.

Oups … J’ai dit quelque chose de mal ? (rires)

Hara: Je dirais qu’il y a eu une influence mutuelle sur ce sujet, un échange d’énergie entre moi et Buronson.

Buronson: Je veux dire que quand je suis en forme je suis bon dans mon écriture, mais quand je ne suis pas à 100% ça se reflète sur la qualité du script.

Vous avez toujours pu respecter les deadlines ?

Buronson: Toujours, oui.

Hara: Je suis lent et je ne pouvais pas travailler avec un auteur lent.

Une nouvelle légende est sur le point de voir le jour ?

Quel est pour vous le secret qui rend Hokuto no Ken si populaire ?

Hara: C’est une oeuvre qui est toujours amusante à lire et qui touche tout le monde grâce à la fraîcheur de ses personnages.

Buronson: Probablement parce qu’ils sont conçus pour être forts. Ils ne peuvent compter que sur leurs poings.

La virilité dont est imprégnée cette oeuvre est donc quelque chose vers laquelle tout le monde aspire ?

Hara: Oui, je dirais que c’est le souhait de tous les garçons. La capacité d’assommer quelqu’un qui vous intimide est le désir de tous gars … mais au final on finit toujours par s’incliner devant plus fort que soi, cela est vrai même quand nous devenons adultes et que nous trouvons notre place dans la société. Il y a toujours un plus grand pouvoir au dessus de nous contre lequel nous ne pouvons rien faire. De plus, il y a vraiment des gens mauvais, des gens qui font des choses horribles. Voilà pourquoi nous voulons une revanche sur ces gars là. Kenshirō fait face aux forts qui tourmentent les faibles, les condamnant pour leur bassesse.

Buronson: Exactement.

Hara: Si j’avais des muscles comme ceux-là (pointe une image de Ken), je serai certainement curieux de savoir ce que ça fait de frapper quelqu’un.

Buronson: Les personnages les plus populaires sont tous morts en essayant de faire face à des adversaires plus puissants. Ils ne se battent pas avec des plus faibles qu’eux.

Hara: Mon travail se mêle avec le drame qui découle de cette philosophie créée par Buronson. Voilà pourquoi le résultat final est si grand.

Quand avez-vous commencé à avoir à l’esprit la façon dont se terminerait l’histoire ?

Buronson: Eh bien … Je ne pensais pas dire ça avant, mais probablement qu’il aurait pu y avoir une fin différente de celle que j’ai choisi.

Hara: Après avoir grandi avec “Taiyō ni hoero !” (太陽 に ほ え ろ – série policière de 718 épisodes où tous les personnages meurent dans le dernier épisode), je m’attendais à ce que le personnage principal meure à la fin. J’ai toujours pensé que Ken serait tué dans le dernier chapitre, et je continuais d’attendre le moment où il tirerai sa révérence.

Mais Ken ne meurt pas à la fin.

Hara: À un certain moment, j’ai commencé à penser que le tuer en ferait une chose du passé et je me suis convaincu que le garder en vie était le meilleur choix.

Buronson: C’est probablement arrivé parce que moi et Horie (rédacteur en chef à l’époque) nous pensions que nous pourrions faire une deuxième partie quelques années plus tard. La dernière scène est une sorte de remise à zéro, elle reflète le style dans lequel Hokuto Ken a commencé, laissant en quelque sorte une porte ouverte pour une suite.

Hara: Enfant, je me suis habitué à l’idée de la mort du personnage principal, comme Matsuda Yusaku.

Est-ce que vous voulez parler de “Jeans” (surnom de détective Matsuda Yusaku dans “Taiyou ni hoero!”) ?

Hara: Exactement. Même si le personnage meurt en faisant quelque chose de stupide, comme Shoken (surnom de Hagiwara Kenichi, un autre acteur de la série) qui est tué alors qu’il est en train de pisser. J’accepte une telle idée …

Buronson Sensei, pouvez-vous imaginer la mort de Ken ?

Buronson: Non.

Pas même dans l’idée d’une suite ?

Buronson: Disons que le tuer d’une manière inattendue ne serait pas une mauvaise façon d’aborder le sujet, mais si je fait ça alors ce que j’ai construit durant cinq ans disparaîtrait en un instant. C’est ce que je ressens. Je ne peux pas tuer Kenshirō sur deux pieds, ça doit être une mort glorieuse.

Hara: Kenshirō a tué tant de gens, donc je pensais qu’il finirait par mourir. Dans mon esprit, ça permettrait de boucler la boucle, ou, si vous préférez, ce serait comme une manifestation de la loi du karma …

Mais ils vous ont persuadé de le garder en vie (rires).

Hara: Ouais… J’ai finalement dit “d’ accord, pourquoi pas ?”. J’étais dans une situation où je ne me souciais plus de rien, tout irait bien (rires). Je voulais juste en finir avec Hokuto no Ken. C’était un mois après après la fin de cinq années de travail intensif, je pouvais enfin partir pour ces vacances à Hawaii que je m’étais promis de faire. Honnêtement, à ce moment-là, je voulais seulement en avoir fini avec Hokuto no Ken.

C’est souvent ce que disent beaucoup de mangaka, la fébrilité et l’impatience quand arrive le moment de conclure une série.

Hara: C’est très difficile de travailler avec des délais hebdomadaires. Je l’ai fait pendant cinq ans sans jamais manquer un délai…

Buronson: Il me fallait 2 jours pour écrire le scénario d’un chapitre, mais le travail du Hara demandait une semaine complète. En pratique, il ne pouvait pas se permettre d’arrêter.

Hara: J’ai eu environ une demi journée de congé par semaine.

Pour conclure, j’aimerai vous poser la question d’une possibilité de suite. Les lecteurs seraient ravis d’entendre pareille nouvelle.

Buronson: Honnêtement, cette idée ne m’emballe pas. Je travaillerais sur une suite uniquement si c’était une question de vie ou de mort… Il me faudrait un effort surhumain pour écrire une meilleure histoire que celle que j’ai écrite dans le passé.

Hara: Il ne l’écrirait que si sa propre vie en dépendait.

Buronson: C’est une décision que je prend à contre cœur parce que je sais que si une suite sortirait elle se vendrait bien. Mais je m’en voudrais d’arriver avec un script pourri.

La direction de Jump ne vous a jamais proposé de faire une suite ?

Buronson: Non, ils ne nous ont plus rien proposé, peut-être qu’ils nous haïssent d’avoir conclu la série.

Et vous, Sensei Hara, que pensez-vous d’une suite ?

Hara: J’y pense.

“Hokuto no Ken 2 ?”

Hara: Eh bien, je n’en ai pas encore discuté avec Buronson mais ça pourrait tout simplement s’appeler “ Hokuto Shinken”. L’idée serait de garder le style de combat comme base et de changer le cadre. Le protagoniste pourrait même être un parent de Kenshirō

Une sorte de spin-off ?

Hara: Comme je l’ai dit, je n’en ai pas encore parlé avec maître Buronson, c’est juste une idée que j’ai en tête donc il n’y a rien de certain.

Qu’en pensez-vous, Sensei Buronson ?

Buronson: Nous n’avons plus notre rédacteur en chef, le seul qui connaissait aussi bien l’univers de Hokuto no Ken. Nous pourrions le réaliser sans Horie, mais ce serait vraiment un parcours du combattant.

Je vois. Vous avez travaillé à trois dans l’oeuvre originale donc il est peu probable que vous puissiez travailler seulement à deux sur une suite ?

Buronson: Jump ne nous enverra aucun éditeur…

Buronson: Le truc c’est que si on veut faire une suite on DOIT créer quelque chose qui est mieux que l’original…

Hara: Et dans le monde du manga, les suites ne sont jamais mieux que les œuvres originales.

Et si Hara Sensei vous demande de travailler sur ce projet ?

Buronson: Cela dépendra de mon état à ce moment là, si je suis fauché, je finirai probablement par travailler dessus (rires). Au final, tout ce qui compte c’est de pouvoir remplir son frigo. Mais je sais aussi que j’ai des mots durs et que je finis toujours par me prosterner devant le dieu de l’argent…

Nous sommes déjà impatient à l’idée d’une suite ! Merci pour tous les efforts que vous y mettrez !

Hara: S’il y a un krach boursier, vous aurez probablement votre suite (rires).

Le 4 Juin 2000, Tetsuo Hara,  ainsi que Nobuhiko Horie, Tsukasa Hojo (City Hunter), Ryuji Tsugihara, Akira Kamiya (voix historique de Ken au Japon) et Tadashi Negishi (ancien rédacteur en chef du JUMP Monthly Shonen), a fondé sa propre maison production: Coamix CORPORATION.

Ainsi, un an après cette interview, l’idée d’un spin-off de Hara prend forme avec la sortie de Souten no Ken, qui fait ses débuts dans l’hebdomadaire Bunch Comic du 15 mai 2001.

Seul Buronson sera exclu de ce nouveau projet, sous prétexte de “le protéger contre les conséquences de l’échec“, comme le dit le Hara dans une interview en 2013.

Un Kanzenban est un volume en édition collector. Ces volumes sont généralement plus coûteux et plus fournis, avec des caractéristiques spéciales telles que des couvertures conçues spécifiquement, un papier de plus haute qualité, une couverture de protection spéciale, etc.

Seuls les mangas les plus populaires paraissent sous ce format.

Un tankōbon est le terme japonais pour un recueil de chapitres de manga. En 1955, les éditeurs décident de republier les mangas diffusés par intermittences dans les magazines en un format poche à couverture souple. Il compile plusieurs chapitres d'une même série et les publie sur du papier de haute qualité. Ce sont ces versions qui sont utilisées pour les traductions européennes et américaines.

Weekly Shōnen Jump, fréquemment abrégé en Shōnen Jump, est un magazine de prépublication de mangas hebdomadaire de type shōnen créé par l’éditeur Shūeisha le 2 juillet 1968 et toujours en cours de publication. Il fait partie de la gamme de presse « Jump » de l’éditeur, celle-ci étant destinée à un public masculin de tous âges.

Interview de Jeremy Mauney

Interview réalisée pour 199X Hokuto No Ken
Traduit de l’anglais par Lhaz

Jeremy Mauney est le premier américain à avoir travaillé à temps plein au Japon en tant qu’assistant illustrateur pour un manga populaire. Il a apporté sa contribution au manga Sōten No Ken/Fist of the Blue Sky (les tomes 13, 14 et 15), ainsi qu’à la Master Edition et à la version mobile de Hokuto No Ken.

Avant de commencer avec nos questions pouvez-vous nous parler un peu de vous ? quels sont vos intérêts et votre travail ?

Eh bien j’ai 28 ans – j’en avais 22 quand je suis parti pour le Japon – et je vis actuellement à Lexington (Kentucky), ma ville natale. Je ne fais plus beaucoup d’illustrations, je concentre mon temps et mon énergie à me documenter et à écrire. Ces temps-ci je passe énormément de temps sur mon blog et sur mes projets musicaux. Je lis tout un tas de trucs qui parle de conspirations, d’ETs… ce genre de choses.

Pouvez-vous nous expliquer quelle était exactement votre tâche au sein de l’équipe de Tetsuo Hara ?

J’ai commencé par apprendre le dessin via pencil, au stylo à encre puis je suis vite passé à l’illustration digitale. Ma tâche principale était de créer les patrons des vêtements, les effets d’ombre et de lumière, les effets d’arrière plan ainsi que tout ce que Hara sensei souhaitait voir colorié digitalement dans Sōten no Ken. J’ai aussi eu l’occasion de faire du dessin à l’encre pour Sōten no Ken.

Qu’est-ce que ça fait de travailler au côté du maître ? quel genre de professeur est-il ? exigeant ? attentif ?

Il vit quelque peu reclus, il est toujours habillé dans un style de croisement entre un Yakuza et le Neo de Matrix… mais c’est quelqu’un qui a une façon de parler très douce (avec moi du moins) et qui s’entend bien avec tout le monde, d’après ce que j’ai pu en juger. Il travaillait en studio avec nous, mais restait dans un genre de bureau/studio privé décoré avec des écrans larges, du matériel Mac et des figurines de Hokuto No Ken. J’aime beaucoup ses goûts en général. Il est très fan de musique trance-electro. Il avait l’habitude de pousser le volume dans son studio quand nous étions en retard de bouclage.

De combien de membres se compose le staff de M. Hara ? comment sont réparties les tâches ?

En temps normal nous étions 7-8 assistants à bosser des tonnes d’heures sur le manga. Lorsqu’on accumulait du retard ou qu’il y avait beaucoup de pages d’action à réaliser on était aidés par des assistants supplémentaires. J’ai d’abord été chargé de l’illustration digitale puis j’ai formé quelques personnes afin qu’ils continuent le travail.

Combien d’heures de travail faut-il pour boucler un chapitre de Fist of The Blue Sky ? Vous arrivait-il de ne pas terminer à temps, de faire des heures sup ?

Ça variait beaucoup d’un chapitre à l’autre. On va dire que parfois ça prenait un total d’heures complètement dingue. Une journée de travail normale dure 12h – mais quand on approchait d’un bouclage on pouvait bosser facilement 24-48h d’affilée sans dormir (ou juste le minimum sur notre bureau). Il est arrivé qu’on sucre une page ou deux et qu’on change le dialogue ou la disposition des cases pour coller à l’histoire… mais uniquement si ça fonctionnait et si ça ne concernait pas des scènes nécessaires au développement de l’histoire.

Quels sont les inconvénients et les avantages de travailler sur un personnage aussi populaire que Kenshirō ?

Le plus grand inconvénient c’est le NOMBRE DE DÉTAILS. Haha, mais tout ça est vite oublié par la satisfaction qu’on a de voir le fruit de son dur labeur une fois la page du manga terminée. La plupart du temps vous vous sentez fier d’avoir contribué à quelque chose d’aussi spécial dans l’histoire du manga.

Pouvez-vous raconter une anecdote, un événement marquant ou drôle qui a eu lieu (s’il y en a eu) durant votre travail sur Sōten No Ken ?

Ce qui me revient là tout de suite c’est quand Hara Sensei avait commandé un uniforme nazi complet dans le but de l’étudier pour le personnage de Liù Zōng-Wù. Etant donné que j’étais le seul caucasien de 1,80m j’ai du servir de modèle 🙂 mais je précise que même si je suis blond aux yeux bleus je ne suis pas nazi 🙂 Plus tard, quand j’ai appris que c’était Arnold Schwarzenegger qui avait influencé le personnage de Liù j’ai fais remarquer à Hara Sensei que Arnold avait été sympathisant nazi et qu’il avait même porté une boucle de ceinture SS sur des couvertures de magazines US ! Je ne suis pas sûr qu’il m’ait complètement compris mais j’en garde un bon souvenir.

Durant votre travail dans le studio de Hara avez-vous eu l’occasion de voir un OVNI ? (blague)

Haha, en fait je n’avais jamais vu d’ovni jusque 2009. Par la suite ça m’est arrivé 2 fois, dont une fois en compagnie de ma femme.

Est-ce que c’est difficile pour un étranger de travailler dans l’apprentissage d’un mangaka?… notamment à cause des différences culturelles.

En fait ça ne doit pas poser un si gros problème si vous parlez le japonais. Tant que vous pouvez copier plusieurs styles et obéir aux ordres. Personnellement je ne savais pas parler japonais quand j’ai emménagé à Tokyo en 2005 (à part les bases que toute personne familière au Japon connait). Mais en dehors de ça tout le monde était très poli avec moi et je me suis fais de bons amis parmi les assistants – malgré la barrière du langage (seuls quelques assistants parlent un anglais de base).

Un Kanzenban est un volume en édition collector. Ces volumes sont généralement plus coûteux et plus fournis, avec des caractéristiques spéciales telles que des couvertures conçues spécifiquement, un papier de plus haute qualité, une couverture de protection spéciale, etc.

Seuls les mangas les plus populaires paraissent sous ce format.

Un tankōbon est le terme japonais pour un recueil de chapitres de manga. En 1955, les éditeurs décident de republier les mangas diffusés par intermittences dans les magazines en un format poche à couverture souple. Il compile plusieurs chapitres d'une même série et les publie sur du papier de haute qualité. Ce sont ces versions qui sont utilisées pour les traductions européennes et américaines.

Weekly Shōnen Jump, fréquemment abrégé en Shōnen Jump, est un magazine de prépublication de mangas hebdomadaire de type shōnen créé par l’éditeur Shūeisha le 2 juillet 1968 et toujours en cours de publication. Il fait partie de la gamme de presse « Jump » de l’éditeur, celle-ci étant destinée à un public masculin de tous âges.

Interview du cast “La Légende du Véritable Sauveur” (2005)

Interview du casting réalisée juste avant le lancement du projet.

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Tetsuo Hara : Dans l’anime, je n’ai pas eu l’occasion de dessiner les actions, faits et gestes et combats de Kenshirō et Raoh. Ça va complètement changer la donne maintenant ! J’ai envie de voir de la puissance en vitesse devant mes yeux !

Tsukasa Hōjō : La méthode de représentation pour ce film, c’est l’animation… C’est une méthode de représentation typique du cinéma. C’est pour cela que lorsque j’ai dessiné Leina, je ne l’ai pas fait en tant que Mangaka et j’ai participé à ce projet en tant qu’acteur. Avant de commencer, voici un message de la part du seul et unique producteur a avoir fait confiance à Hokuto no Ken, il était éditeur en chef… Il est maintenant producteur général et scénariste, Nobuhiko Horie.

legende_sauveur_cast3Nobuhiko Horie : A l’heure actuelle cet opus date de 22 ans mais le héros mythique du manga Hokuto no Ken, Kenshirō a laissé à jamais sa prestance, et sa personnalité dans les esprits jusqu’au dernier épisode. Même si en réalité, il y avait derrière ce succès Maître Buronson et Maître Tetsuo Hara qui travaillaient d’arrache-pied durant tous ces épisodes. Et Dieu seul sait que tous ces épisodes étaient vraiment captivants! De là , nous nous sommes tous retrouvés, avons pris sur notre emploi du temps pour concocter cette nouvelle saga de Hokuto no Ken composée de films et OVAs en 5 épisodes. Depuis le départ, nous supposions que le poing du Hokuto datait d’environ 2000 ans. Nous voulons avec ce nouveau projet de film avoir le même impact sur nos fans que celui de Stars Wars a pu avoir sur les leurs, avec un nouvel épisode qui serait “l’épisode 4”. D’ailleurs, à l’heure actuelle on pourrait dire que le nouveau carton de cette saga qui est publiée dans l’hebdomadaire Comic Bunch, Sōten no Ken est un “épisode 3” de cette saga. Le Japon aurait hérité de la légende du Hokuto durant “l’épisode 2”, et “l’épisode 1” serait la naissance du Hokuto durant la période Sangokushi (les 3 royaumes). Ce sera le premier épisode à être dessiné fidèlement par rapport à son œuvre originale, et ce nouvel épisode sera entrecoupé en 5 parties. A partir de là notre seul souhait est de voir que cet épisode aura un franc succès et que nous pourrons librement continuer à adapter l’épisode 3, puis le 2… Nous avons décidé de répartir ces 5 parties en les centrant chacune sur les personnages phares de la saga, les 3 frères du Hokuto: Raoh, Toki, Kenshirō, et sur l’héroïne Yuria. En plus de cela, nous avons décidé d’intégrer un personnage inédit au manga d’origine, Reina. Ce nouveau personnage, très proche de Raoh est d’une importance capitale dans cet épisode. Nous avons fait appel à Mr. Tsukasa Hōjō pour le chara-design de ce personnage et à Mlle Shibasaki pour interpréter le personnage. Lors de sa mort, Raoh cria “Je n’ai aucun regrets !”, vous comprendrez le véritable sens de ces paroles en regardant ce film.

legende_sauveur_cast4Takahiro Imamura : A propos de ce choix, au niveau du format de publication, en choisissant des sorties cinéma et en découpant la saga en 5 parties… Ce type de projet aurait pu paraître totalement fou à l’époque du début de la série. A l’époque, les moyens mis en œuvre par la société de production de l’animation (ndrl : Toei Animation) n’était pas suffisant pour pouvoir retranscrire fidèlement ce que le manga d’origine pouvait véhiculer. Aujourd’hui grâce à l’amour de ses producteurs et aux moyens dont nous disposons nous pouvons enfin retranscrire fidèlement le monde de Hokuto no Ken tel qu’il est dans son œuvre d’origine, et nous espérons continuer longtemps dans ce sens… Et c’est en construisant des bases solides dès maintenant que les futurs projets à venir de la série pourront continuer, en nous aidant les uns les autres. Mais il y a également un autre point sur lequel je voulais mettre l’accent. C’est que les acquis du passé ne seront pas absents sur cette nouvelle série, en élaborant le design du personnage de Kenshirō par exemple, nous avons voulu lui donner un regard assassin, un regard qui ferait frémir tous les plus grands guerriers de ce monde. Pour le personnage de Reina, nous avons demandé à Mlle Shibasaki d’étudier l’attitude du personnage de Lin et Yuria pour essayer d’en faire un mix, lorsque Reina s’adresse à Raoh, il faut que celle-ci fasse ressentir au spectateur une émotion qu’il n’avait pas encore ressentie avant dans la saga. Nous avons décidé de complètement changer l’expression du visage de Raoh en accord avec nos nouveaux dessinateurs, ce sera l’attrait principal de ce nouvel opus. Sur ce, j’espère que vous apprécierez ce film!

legende_sauveur_cast5Hiroshi Abe : Mon premier contact avec Hokuto no Ken, c’était lors de ma période au lycée. J’ai lu un manga de Hokuto no Ken, et j’ai tout de suite été captivé. Je me suis alors procuré les autres et je les ai dévorés tour à tour, et chaque volume je me mettais toujours plus dans la peau du personnage principal, aujourd’hui encore je ressens la même chose en visionnant les DVDs de la série. L’autre jour d’ailleurs, je buvais un verre d’alcool avec 5 de mes amis, et je me suis mis à parler comme Kenshirō, il ne valait mieux pas m’ approcher…(rires). Une magnifique prestation de comédien n’est-ce pas!? Je pense que j’aurais très pu faire un rôle de “méchant”, mais je peux vous assurer que je n’aurais cru personne il y a 20 ans si on m’aurait dit que je jouerais le rôle de  Kenshirō, c’est comme dans un rêve mais… Avant le début de cette promotion du film ici, je me suis réécouté un petit “Tu es déjà mort!”, et à vrai dire bien que j’aime beaucoup cette réplique je ne comprends toujours pas son sens réel ! (rires généralisés). Je vais continuer à apprendre et à faire tout mon possible pour pouvoir reproduire un Kenshirō le plus brillamment possible.

Est-ce que vous avez une idée de comment représenter le charme de Kenshirō?

Hiroshi Abe : Mmmh… Il faut dire que je n’ai pas beaucoup de lignes de texte (rires). A la rigueur je pourrai essayer avec le “Atatatatata…!!”, mais je pense que cela sera un peu difficile, mais bon j’essaierai de faire de mon mieux.

legende_sauveur_cast7Mlle Shibasaki : Si mes souvenirs sont bons, je pense que la première fois où j’ai entendu parler de Hokuto no Ken c’était en plein milieu de l’école primaire. J’avais regardé la série TV, et bien que je ne sois pas devenu une fan, j’avais dans mon entourage un bon nombre d’amis qui étaient tous des fans ardus de la saga. En ce qui concerne ce film, je me suis engagée sans réelle conviction. (rires). J’ai une certaine anxiété envers ce qui m’attend, et je ne voudrais pas casser le mythe dans le monde entier, mais je ferai tout mon possible pour faire une bonne prestation.

A quel point est-ce que le charme de Hokuto no Ken vous atteint-t-il ?

Shibasaki : Pour être honnête, pas des masses… En fait la seule chose dont je me souviens de Hokuto no Ken, c’est la violence, des drames humains, et des gros biscotos! (rires).

Est-ce que vous arrivez malgré tout à vous fondre dans la peau du personnage de Leina ?

Shibasaki : Pas vraiment, puis que je n’ai pas encore lu le scénario ! Je vais le lire de suite ! (rires) Malgré cela, j’arriverai probablement à fusionner avec l’esprit de cette femme.

legende_sauveur_cast6Takashi Ukaji : J’ai dû entendre parler de Hokuto no Ken à peu près dans la même période que Mr. Abe, vers la vingtaine… Je me souviens avoir dévoré les volumes comme un fou. Jusqu’à aujourd’hui, je pense que la légende de Hokuto no Ken est restée gravée dans la mémoire des gens, que cela soit dans un salon de café ou une station service, on en entendra toujours parler. A l’époque je ne me souviens plus combien de temps je passais devant cette œuvre, à lire et à relire, sans cesse, je pouvais rester 2 voire 3 heures sans me lasser. En ce qui concerne mon travail actuel pour le rôle de Raoh… eh bien différents sentiments très opposés les uns les autres viennent me tarir… Mais bon… Je tiendrai bon ! Honnêtement ! (rires). Malgré mon apparent faible niveau dans le domaine, je fournirai un travail acharné et puiserai au plus profond de mes ressources !

Est-ce que vous aimez, et vous sentez en tant que Raoh ?

Takashi Ukaji : Disons que j’aime surtout le contraste qu’il y a entre le caractère de Kenshirō, et celui de Raoh, 2 personnages que je trouve malgré tout complémentaires. Kenshirō c’est l’espoir absolu, c’est le côté de la lumière. Alors que Raoh, je pense qu’il est plutôt du côté de l’ombre. A chacune de ses actions, il a une assurance absolue. A chacune de ses apparitions, il laisse une image noire derrière lui tout en faisant des choses tout à fait convenables et honorables pour un guerrier, tout comme moi je pense.

Durant la période de post-synchronisation pour la promotion du film, cela a dû être un dur challenge pour vous, comment cela s’est-il passé ?

Takashi Ukaji : Eh bien je peux vous dire que j’ai puisé jusqu’au plus profond de mes ressources. Mais pour être honnête, j’ai été superbement coaché, par contre lorsque je voyais l’affiche promotionnelle et que j’entendais la voix de Mr. Abe, je me disais que j’étais cuit ! (Rires). Mais bon, grâce à toute ma bonne volonté et au soutien du staff entier, je ne lâcherai pas prise et je ferai de mon mieux!!

Buronson : A vrai dire je ne sais pas trop quoi dire d’intéressant, seulement que cela me fait énormément plaisir de voir tout ce beau monde ici réuni pour en parler. Nous deux, ici présents, avons plutôt le même avis et le même souhait pour ce nouveau projet. On doit bien avouer que le Hokuto no Ken auquel nous avons eu droit jusqu’à aujourd’hui était assez différent de l’œuvre originale, nous espérons juste que ce nouveau Hokuto ne s’éloignera pas trop de ses origines. Je suis très impatient de voir ça de mes propres yeux, et serai très heureux que cela plaise au public.

Mr.Tetsuo Hara, l’actuel projet se décompose en 5 parties, quels sentiments avez-vous à l’égard de ce projet ?

Tetsuo Hara : Disons que dans le manga il n’y a pas de couleurs, ni de voix. Je fais une entière confiance au réalisateur pour ceci.

Mr. Abe. A quel point est-ce que Kenshirō vous plaît-il ?

Hiroshi Abe : Pour faire simple, je pense que ce n’est pas uniquement Kenshirō qui me plaît, mais c’est tous les messages et l’apparence qui sont véhiculés par l’œuvre toute entière. L’amour n’est-t-il pas un thème à lui tout seul? Bon ou mauvais, au final c’est toujours l’amour qui triomphe, rien qu’à voir le thème romanesque de chacun de ces hommes, cela me suffit pour apprécier dans sa pleine mesure cette œuvre fantastique. En réalité, même les “méchants” ont une classe incroyable dans cet opus, et Kenshirō n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan à mon avis.

Vous ne trouvez pas que vous avez le même regard que lui ?

Hiroshi Abe : S’il vous plaît! (Rires) J’ai essayé une fois de l’imiter dans “Trick” (programme diffusé sur TV Asahi), mais ça n’allait pas plus que ça. (Rires). Je n’ai plus qu’à m’infliger 7 cicatrices sur le haut du corps pour y arriver je pense (Rires).

Pouvez-vous nous donner vos impressions quand à la première fois que vous avez interprété Kenshirō.

Abe : Eh bien la première fois que je regardais le personnage sur l’écran dans toute sa prestance, je n’ai rien trouvé de mieux à dire que… “Oooh très bien!” (Rires). Après un petit moment de concentration, je me suis senti comme étant un homme formidable !

Mr. Ukaji, comment cela s’est-il passé avec Raoh ?

Ukaji : L’image que je me faisais vaguement de Raoh à l’intérieur de moi était une image de force et de puissance, c’est à partir de ça que je me suis imprégné du personnage. C’est avec ça que je me suis plongé dans l’histoire, et malgré toutes les difficultés que je pourrai avoir, je m’accrocherai jusqu’au bout !

Mlle Shibasaki, qui préférez-vous entre Kenshirō et Raoh ?

Shibasaki : Malgré le fait que j’aime bien les gros muscles, je dois dire que je préfère Toki !(Rires).

Pourquoi Toki ?

Shibasaki : … La pitié ? (Rires).

Si vous étiez réellement dans l’univers de Hokuto no Ken, que feriez-vous ?

Ukaji : Vraiment pardonnez-moi, mais depuis mon plus jeune âge on ne m’a jamais posé une question aussi drôle. (Rires). Je ne sais pas vraiment ce que je ferais de particulier dans cet univers, je suivrais mon destin et mes sentiments tout simplement.

Comme Raoh je suppose ?

Ukaji : Mmmh, Peut-être bien. Mais certainement pas comme Kenshirō !! Je déteste Kenshirō! (Rires).

Abe : Je pense que Kenshirō est un homme bon. Eh oui, je m’aime moi-même! (Rires). Sinon, à savoir comment je vivrais dans le monde de Hokuto no Ken, je dirais comme un simple adulte.

Shibasaki : J’aime bien le personnage de Lin… Mais puisque Reina est l’ombre de Raoh, je dirais que je me battrais dur comme fer ! Bien que le rôle de cette femme soit totalement différent de ma façon de vivre.

Un Kanzenban est un volume en édition collector. Ces volumes sont généralement plus coûteux et plus fournis, avec des caractéristiques spéciales telles que des couvertures conçues spécifiquement, un papier de plus haute qualité, une couverture de protection spéciale, etc.

Seuls les mangas les plus populaires paraissent sous ce format.

Un tankōbon est le terme japonais pour un recueil de chapitres de manga. En 1955, les éditeurs décident de republier les mangas diffusés par intermittences dans les magazines en un format poche à couverture souple. Il compile plusieurs chapitres d'une même série et les publie sur du papier de haute qualité. Ce sont ces versions qui sont utilisées pour les traductions européennes et américaines.

Weekly Shōnen Jump, fréquemment abrégé en Shōnen Jump, est un magazine de prépublication de mangas hebdomadaire de type shōnen créé par l’éditeur Shūeisha le 2 juillet 1968 et toujours en cours de publication. Il fait partie de la gamme de presse « Jump » de l’éditeur, celle-ci étant destinée à un public masculin de tous âges.

Interview de Philippe Ogouz

Morceaux choisis de l’interview réalisée en 2001 pour le site hokuto.free.fr

Quand et comment avez-vous commencé le doublage ?

Le doublage, c’est pas un métier, c’est une activité dans mon métier. Le doublage je l’ai commencé y’a…. j’étais jeune acteur… y’a 40 ans. Le premier doublage que j’ai fait c’était West Side Story. Ça date pas d’aujourd’hui. Je suis rentré là-dedans mais j’ai pas fait que ça. C’était une activité en même temps que la télévision, le cinéma.

Vous continuez encore maintenant ?

Moins. Mais j’en fais toujours oui. Y’a des acteurs que je double depuis toujours. Chaque fois qu’ils font quelque chose. 2 exemples : Patrick Duffy, et puis maintenant j’ai doublé Jason Alexander dans Seinfeld. Et voilà c’est des gens que je continue de doubler. Après je vous raconterai, je viens de redoubler, trente ans après, Apocalypse Now. Je fais la voix de Martin Sheen.

Plongeons tout de suite dans l’animé. Entre Capitaine Flam et Ken le Survivant, y’a fondamentalement de grandes différences de qualité de doublage, et sans doute… de qualité je m’entends, de sérieux dans l’ambiance du dessin animé. Y’a un total décalage, je suppose que le doublage français de Capitaine Flam ressemble à l’oeuvre originale, ce qui est pas du tout le cas de Ken le Survivant. Tous les fans de Ken le Survivant se demandent comment ça a été possible, c’est ce qui fait tout l’attrait du dessin animé en France, et tout le monde se demande comment y’a eu des glissements comme ça. Vraisembablement y’a dû avoir une grande liberté sur le plateau. Comment ça a été possible ?

Alors d’abord le dessin animé en général, le doublage de dessin animé c’est quand-même quelque chose de très spécial, c’est-à-dire qu’il y a eu en France une dizaine d’acteurs qui doublaient cela. Parce que moi je travaillais surtout pour une société qui s’appelait la SOFI, dirigée par Michel Salvas, et cette société, comme elle était acoquinée avec AB, automatiquement a doublé tous les dessins animés japonais qui sont venus en France y’a une dizaine d’années. Qui étaient achetés au poids, parce qu’ils achètent ça au poids. Mr Berdas et Mr Azoulay sont des marchands de soupe, ils achetaient douze kilos de dessins animés et puis voilà ils nous les faisaient doubler. Donc à partir de là on a essayé de faire des équipes.

Les deux dessins animés dont vous me parlez sont complètement différents : d’abord Capitaine Flam est un produit américain et dans le doublage y’a vraiment une différence entre le produit américain et le produit japonais. Parce que le produit japonais… c’est pas parce qu’il est payé différemment, il est payé de la même façon, mais il était considéré toujours comme un sous-produit. C’est pour ça que je suis toujours étonné de voir l’impact que ça a sur certaines personnes, le côté fanatique de ça. Mais c’est vrai que nous, même nous les acteurs, oh les truc japonais on avait un espèce de … pas de refus mais bon… d’abord l’animation était pas terrible, les personnages étaient dessinés de la même façon, à part quelques uns, y’en a quelques uns qui ont été très bons. Alors Capitaine Flam : je commence par Capitaine Flam car ça précède Ken. Capitaine Flam c’est un DA américain mais là ça a été fait : c’est le héros, et les mauvais, les méchants, comme dans tous les DA de ce genre. Bon là j’ai pas grand chose à raconter sinon que… ça date de quand? 25 ans au moins ? C’était le premier DA où y’avait un héros comme ça, un peu comme… euh… Comment ça s’appelait déjà ?

C’est en même temps que Goldorak.

C’était le premier DA pour la télévision, parce que en général les DA c’était Walt Disney et puis d’un seul coup ils ont introduit le DA, en plus y’a eu des types qui se sont spécialisés là-dedans. Y’a même des producteurs français qui faisaient des DA en France et qui les faisaient dessiner au Japon ou aux Etats-Unis en faisant croire que c’étaient des DA japonais alors que c’étaient des produits français.

Ulysse 31 ?

Voilà. Ulysse 31. La différence qu’il y a entre Ken le Survivant et Capitaine Flam , c’est que Ken le Survivant, quand on a commencé à le faire, au bout de quelques épisodes on s’est rendu compte que c’était…, enfin pour nous et pour moi car je dirigeais les plateaux : je faisais la voix et j’étais directeur artistique : tous les DA que j’ai faits c’est moi qui les ai dirigés.

Capitaine Flam aussi ?

Oui oui. C’est à dire que le patron de la SOFI, Michel Salvas, choisissait les voix et moi je dirigeais le plateau. Donc j’avais quand-même, comment dirais-je, une liberté par rapport au produit que je faisais. Alors là quand c’était bien écrit comme Capitaine Flam, parce que c’était un truc bien écrit, y’avait pas de problème. C’était assez cartésien. Ken le Survivant, déjà au niveau de l’image c’était un peu n’importe quoi. On était 5 ou 6, et très vite on s’est rendus compte que c’était franchement nazi. C’est-à-dire que… en même temps le CSA a porté plainte contre Dorothée en disant : “ce produit ne va pas, y’a des choses qu’il faut couper”. Donc nous on a vu arriver les épisodes. Tant que c’était pas… enfin je me rappelle plus des phrases mais y’avait vraiment des trucs extrêmement violents.

En fait vous aviez les traductions littérales, en français, des épisodes.

Oh bah oui. Le texte était japonais, nous on lisait que le français. Et puis les images… y’avait surtout des images où y’avait des croix gammées , y’avait des choses quand-même…

Ah ouais ??

Oui oui. Ils ont coupé. Je vais vous dire pourquoi ils ont coupé. Quand on a vu ça, j’ai dit à Michel Salvas : moi et les autres on arrête le doublage de Ken le Survivant. On veut plus le faire. Nous on veut bien le faire mais à une condition : c’est qu’au montage les choses qui sont avec des croix gammées et des insignes nazis soient enlevées. En même temps le CSA a réagi, pas par nous, par hasard, parce qu’ils visionnent tout. Y’a des gens qui visionnent tout. Donc quand ils ont vu les images, ça s’adresse à un public de gosses quand-même. Donc quand ils ont vu les images, ils ont dit : “nous on est pas d’accord, il faut que vous coupiez, avant de faire doubler, les morceaux incriminés.” Donc nous on a dit à Salvas : “nous ça nous gonfle de faire ce truc-là , c’est pas possible, y’a 100 épisodes, ou 150 je sais plus combien y’en avait. Alors voilà nous on te demande une chose : est-ce que tu acceptes que nous fassions ce que nous voulions ?”

Et c’est là où justement le doublage de Ken le Survivant est différent des autres, c’est que les autres on suivait la traduction et ce qu’on nous disait de faire. Y’avait une traduction, c’était cartésien et puis c’était comme ça. Tandis que là c’était tellement…, et l’image qui nous intéressait assez peu, et l’histoire nous intéressait assez peu, c’était violent, violent, violent, violent. Donc j’ai dit à Salvas : “est-ce que tu es d’accord pour qu’on déconne?” C’est vraiment comme ça que c’est parti.

Vous vouliez désamorcer la violence en faisant un doublage délirant ?

Ouais. Voilà. Je me souviens de Luc Florian, Virigine Mérie, Patrick Messes, on était un groupe de 5-6 et ça va très loin… (début de rire) car je me souviens que… parce qu’on en doublait 5 ou 6 par jours… alors on faisait des concours : Là on est tous pétés de rire.
Attendez, parce vous allez voir ça va assez loin : on disait par exemple “tasse à café”. Alors le premier qui réussit à placer dans le dialogue “tasse à café”… Alors c’était dément parce que d’un seul coup Ken arrivait : “non j’irai sur la planète, mais avant je prendrai une tasse de café”. C’était à celui qui placerait le mot. Des conneries comme ça. Donc on est partis sur des trucs délirants. C’était presque de l’impro. Comme la bouche de ce dessin animé, c’est quand-même ce mouvement-là (imitation de mouvement de lèvre avec les doigts) : c’est pas un dessin animé élaboré où faut être très synchro. Donc là on a complètement déliré. Comme on avait l’habitude de faire ça, et qu’on était assez drôles dans la vie, alors on a déliré. Ça a donné des trucs… on ne les écoute … parfois on les écoutait, parce qu’on écoute jamais : on n’écoutait pas, ni le japonais ni ce qu’on avait fait. Mais là on écoutait ce qu’on avait fait car on était MORTS de rire. On se disait : “mais c’est pas possible de dire des conneries pareilles !!”.

Dans notre tête on se disait : y’a un moment où là haut le patron ou Dorothée va dire : “Arrêtez vos conneries ” et JA-MAIS. Et pourquoi ils ont jamais arrêté ? Parce que ça avait un impact formidable sur les gosses. Sur les mômes qui regardaient ça. D’un seul coup ils avaient une autre écoute. Ils se disaient : “mais qu’est-ce que c’est que ce truc là ?!” On n’a pas l’habitude d’entendre ce genre de choses. Et ils nous ont laissé carte blanche. Donc on a fait ça dans la foulée, voilà et toujours en improvisant. Et à la limite avant c’était très laborieux , très emmerdant de faire ça , et ensuite on avait plaisir à se retrouver parce qu’on savait qu’on allait déconner. Voilà.

C’était la détente du jour.

Exactement. Et quand on vous voit, y’a 2 choses dans Ken le Survivant dont je me souviens : la première c’est que quand on appuie sur lui y’a un trou qui se passe… ça je me souviens très bien… et puis la deuxième c’est toutes les déconnantes qu’on a faites ensemble. Voilà pour Ken le Survivant.

Une question qui se pose : c’est qu’à partir du moment où c’était très plaisant de doubler Ken le Survivant, quand est-ce que vous avez arrêté le doublage et pourquoi en fait ?

Mais nous on n’avait rien le droit de dire, on nous donnait des trucs, et ils ont arrêté quand ils ont voulu. Mais je crois que ça vient beaucoup du CSA qui a commencé à réagir sur certaines séries japonaises en interdisant.

Mais je veux dire, à la vitesse où c’était doublé…

Mais je savais pas combien y’avait d’épisodes.

En tout, y’en a 109 pour la première série, ils ont arrêté de diffuser à l’épisode 83 ou 84, et on sait qu’il y en 90 qui ont été doublés.

Y’en reste combien à doubler ?

Y’en reste encore 20 et on se demandait justement si vous aviez été recontacté pour doubler la fin.

Non. Non.

Parce qu’AB ont dit à certaines personnes que la fin allait être doublée et c’est pour ça qu’on se demandait si vous aviez été contacté.

Jamais.

Et s’ils vous le demandaient, est-ce que vous seriez tenté par…

Ils ne pourraient pas nous le demander car ce ne serait pas diffusé.

En fait ça sortirait qu’en K7 vidéo. C’est pour ça en fait, c’est la demande du public. Y’a un marché sur Ken.

Demain matin le monde, le public, réclame Ken le Survivant, là ils demanderont. De deux choses l’une : ou ils nous demanderont à nous, parce qu’il y a eu une évolution dans le doublage, y’a eu une grande grève, y’a des gens qui sont morts, qui ont vraiment souffert, ou ils nous le demanderaient à nous ou ils nous le demanderaient pas. S’ils nous le demandaient bah…

Et s’ils vous le demandaient en vous disant qu’il n’y aura pas de censure cette fois (pas de censure vidéo) et qu’il faudra faire un doublage sérieux, vous seriez d’accord ?

Non. Moi je serai d’accord à la limite s’ils me disent : “vous faites ce que vous voulez.”

En gros la condition c’est carte blanche et de pouvoir déconner sinon c’est pas la peine ?

Oui.

En fait de temps en temps les voix des personnages changaient, c’était une indisponibilité du comédien ce jour-là. Par exemple Ken qui était doublé par un autre comédien.

Bah là je sais pas, franchement je me souviens pas. Peut-être parce que je devais tourner ou je devais jouer.

Ca arrive souvent sur les DA qu’il y ait comme ça des…

Non non. C’est assez rare. Parce qu’il y avait vraiment une impossibilité. Sinon c’est assez rare parce que les gens y sont très sensibles, surtout sur ce genre de produit qui passe souvent, ils veulent entendre les mêmes voix. Y’a eu souvent des levées de boucliers quand on a changé certaines voix. Parce que dans le temps les acteurs qui doublaient certains personnages doublaient toujours les mêmes personnages et puis les clients, les gens se sont pas rendus compte que les téléspectateurs ou les auditeurs s’habituaient aux voix. Par exemple je prendrai Kirk Douglas, ou John Wayne, ou moi par exemple j’ai fait Dustin Hoffman 2, 3 fois, mais c’est pas moi qui l’ai doublé dans tout. Si demain matin par exemple je ne faisais plus Patrick Duffy, ça fait 30 ans que je le double, bah là quand ça passe…. quand les gens le regardent, ils vont dire “C’est pas sa voix!” Mais c’est de plus en plus rare parce que maintenant il y a une volonté de la part de … ça a beaucoup changé le doublage. Cela dit, moi je respecte ça. Une voix ça n’appartient pas ni à l’acteur, ni à personne. Mais il m’est arrivé, y’a pas très longtemps, sur 2 téléfilms où la boîte de synchro qui faisait ça ne voulait pas m’engager moi, pour des raisons bien précises, ils m’aimaient pas, ils voulaient pas m’engager, donc ils ont pris quelqu’un d’autre. Et puis quand ça arrive à la chaîne, car avant que ça passe y’a des gens qui écoutent : “mais c’est pas Ogouz qui a doublé Duffy?” Hop ils ont fait redoubler. En plus y’avait Sovion qui faisait Stacy Kitch, et il le faisait toujours et ils ont fait redoubler parce que l’un et l’autre nous n’avions pas été doublés par les mêmes. Donc ils réfléchissaient à deux fois car au lieu de leur coûter 20 briques ça leur en coûté 30 ou 40.

Lors d’un doublage vous découvrez totalement l’oeuvre qui se projette devant vous ou vous l’avez déjà vue auparavant ?

Ça dépend. Ça dépend des produits, ça dépend si c’est un long-métrage. Dans le temps y’avait des projections. Parce que dans le temps ils faisaient beaucoup de différences entre le 35 et la télévision. Le doublage télévision ça a été considéré longtemps comme de la sous-merde, je sais pas pourquoi d’ailleurs parce qu’il y a des doublages de télévision qui sont formidables. Tout dépend comment on le fait, avec quels acteurs, la vitesse, la préparation, le texte, souvent c’est le texte. Tous les doublages, si le texte est mauvais, vous pouvez toujours essayer d’être bon… Euh… je me souviens plus de la question que vous m’aviez posée.

Je vous demandais si vous aviez précédemment vu, enfin si vous voyiez les épisodes…

Non. La télévision non. Par exemple, sur Dallas, une anecdote marrante : c’était toujours à la SOFI, car je travaillais exclusivement à la SOFI comme directeur de plateau (j’ai doublé pendant 30 ans le plateau chez eux), et un jour est arrivée une série américaine, c’était Dallas. Et personne savait ce que c’était Dallas. Et Michel Salvas a fait un essai, c’était Pierre Arditi qui doublait Patrick Duffy avant dans l’homme-poisson. C’était donc Pierre Arditi qui devait doubler Bobby, et moi il m’a fait faire un essai sur JR en même temps que Paturel. Et quand j’ai fait l’essai, j’ai vu le truc et je lui ai dit : “tu sais, c’est pas du tout pour moi, c’est pour Paturel..” Et par hasard Arditi n’a plus été libre pour faire Duffy et c’est comme ça que je l’ai fait. C’est le hasard total. Après j’ai fait 450 épisodes de Dallas. Et je l’ai fait toute ma vie.

Vous les regardez vos épisodes que vous avez doublés? Dallas par exemple vous suivez ?

Non. C’est très rare… si sur des Seinfeld peut-être, sur des choses comiques, marrantes, bien faites, mais c’est très rare quand je vois des épisodes. On découvre.

Et pour parler du doublage à proprement parler de Ken le Survivant, quelle était en fait l’ambiance sur le plateau ? Vous étiez tous ensemble ? Ou alors c’était des cabines séparées ?

Ah non non non… On était tous ensemble.

Chacun un micro ?

Non un micro pour tout le monde.

Est-ce qu’il y avait des filles sur le tournage ou est-ce que c’était vous qui doubliez aussi les voix des femmes ?

Ah non y’avait des filles.

Et en tout combien vous étiez pour doubler Ken le Survivant ?

5 ou 6 je crois.

Sur toute la série ?

Oui sur toute la série. Les mêmes. Si y’avait des nouveaux personnages, je les distribuais au cours du truc. C’était un noyau de 5 ou 6 personnes qui faisaient tous les personnages, sauf évidemment Ken le Survivant qui était moi. Et puis je sais plus, y’avait d’autres personnages qui étaient….

Vous doubliez seulement Ken ou vous faisiez parfois d’autres voix ?

Je faisais d’autres voix aussi.

Par exemple, c’était vous et les autres qui faisaient les voix de punks ?

Oui bien sûr. Dans les DA on choisit toujours des voix qui sont susceptibles de faire les méchants et de faire les bons. Donc il faut avoir des organes et des voix bien précises. Y’a des gens qui sont incapables… maintenant si… mais à l’époque y’avait des gens qui étaient incapables de faire ça. Pourquoi il y a très peu de gens qui ont fait des dessins animés ? On retrouve toujours les mêmes : Hernandez, Roger Carel, Françis Lax, ou moi, parce que justement nous on avait eu une facilité à transformer nos voix. Comme ça allait très vite, à passer sans s’arrêter d’une voix très grave et très méchante à une voix très gentille. Y’avait très peu de gens capables de faire ça. Ou du moins on s’adressait toujours aux mêmes. En plus c’était extrêmement lucratif : plus on faisait de lignes plus on gagnait d’oseille. Je vais vous donner un ordre d’idée , vous n’allez pas en revenir (c’était en plus y’a 25 ou 30 ans) : un dessin animé ça peut rapporter à un acteur entre 10 et 15000F par jour.

Pour 6 épisodes.

Non, 4, 3 … Peu importe, c’est pas le nombre d’épisodes, c’est à la ligne. C’est payé 30F la ligne et que ce soit un DA ou pas, c’est pareil. Alors des boîtes ont essayé de faire des forfaits : c’est très bavard les DA, comme ça leur coûtait très cher, ils avaient tant par jour et vous vous débrouillez. Nous on marchait pas là-dedans. Nous à la SOFI on a toujours fonctionné à la ligne. C’était extrêmement lucratif. Aujourd’hui, la société ADAMI reverse des droits sur les voix, par exemple l’année dernière j’ai touché des droits sur les DA européens et français que j’ai faits. Par exemple, les Tortues Ninja est un produit européen. C’est pas un produit américain, alors-là j’ai touché beaucoup de sous. C’était très très très lucratif. Parce que comme ça allait très vite, on en faisait beaucoup par jour et on gagnait beaucoup d’argent.

C’était une des motivations principales ?

Mmm… non ce n’était pas une motivation principale. Nous on jouait le soir au théâtre, ça fait partie du métier.

Ken le Survivant vous l’avez doublé en combien de temps en tout ? Ça a été très intense…

En deux ans. On faisait ça une fois par semaine, on en faisait 4 ou 5 par jour, une fois par semaine. De toute façon ça aurait pas été supportable de le faire plus d’une journée (rires). C’était une journée par semaine, et c’était par série. Par exemple une série de cinquante, une série de trente… Donc on faisait la série, puis on s’arrêtait puis on reprenait quelques semaines ou quelques mois plus tard.

A propos des voix vous disiez que vous pouviez faire plusieurs voix. La voix de Ken, si on vous la refaisait écouter, vous pourriez…

Oh oui oui.

En fait, on a sélectionné quelques extraits grandioses du doublage. On aimerait savoir ce que vous en pensez. On aimerait quelques explications parce que parfois on sent qu’il y a quelque chose de censé derrière ou qu’il y a une référence à quelque chose, on ne sait pas vraiment pourquoi.
Y’a certaines répliques par contre, on se pose vraiment des questions sur le sens.
Mais c’est beau dans un sens.

Bah comme c’était de l’impro, y’avait des choses qui sortaient qui étaient sûrement… je me souviens plus… mais qui étaient sûrement vachement bien. Et puis d’autres qui étaient nulles.

Y’en avait qui étaient terribles.

L’improvisation, c’est ça. C’est pas donné à tout le monde d’improviser. Surtout en doublant.

Parce que vous doubliez pas.. enfin les épisodes de Ken le Survivant vous aviez pas la bande ?

Si si on avait une bande. On avait une bande témoin mais comme on voulait surtout pas lire le texte affiché. Vous savez : sur une voix qui fait ça (visuel) vous pouvez dire par exemple “Tiens j’ai pris mon portable” ou “Mon peigne est dans l’armoire” ou “La cuillère est dans la tasse”…

Finalement c’est un bon souvenir pour vous le doublage de Ken le Survivant ?

Oui oui, à partir du moment où ils ont coupé certains trucs… parce que moi j’ai une éthique personnelle.

C’est un truc qui parait quand-même curieux parce que quand on regarde la version originale japonaise intégrale, par exemple parce que moi j’en ai vu pas mal d’épisodes, je n’ai vu aucune croix gammée.

Parce qu’ils ont coupé. Y’avait des trucs très violents. Ce n’est pas nous qui l’avons coupé, c’est le CSA.

Vous auriez pas doublé aussi Muscleman ?

Non.

Parce que là y’avait des croix gammées. Effectivement y’a eu un débat là-dessus.

De toute façon Ken le Survivant c’était quand-même…

C’est l’armée divine.
Les uniformes étaient taillés comme les uniformes de SS.

Voilà. Et en même temps ce qui était très décrié c’était la violence.

Surtout que ça s’adressait à un public Club Dorothée, c’est 10 ans, donc des gosses de 10 ans qui regardent ça.

Evidemment.

Là par exemple on voit Le Lay, qui est le patron de TF1, qui est en train de gueuler contre Loft Story. Il a fait des articles dans les journaux en disant : “c’est une honte, c’est d’une violence”. C’est lui qui passait ça. Donc il n’a pas de leçons à donner aux autres.

Par exemple je pense à … enfin je sais pas ce que les autres vont en penser…. moi j’ai été très déçu déjà que l’intégralité ne soit pas diffusée et au niveau du doublage toutes les scènes qui ont été retirées, j’ai trouvé que c’était un manque. Parce que finalement, moi j’adorais en fait. Y’avait de la violence mais pour moi ça entraînait pas de réaction dans la vie. 

Les réactions des gens qui regardent ça , on ne peut pas les connaitre. Donc quand on montre quelque chose à quelqu’un, vous vous avez eu des réactions qui sont assez saines et marrantes, mais peut-être, j’en sais rien, je ne le souhaite pas, mais peut-être que parmi les 2 millions de gosses qui ont vu ça y’en a peut-être un que ça a vachement frappé et qui est devenu violent… J’en sais rien. Je sais pas. Mais la violence c’est ça. On n’a pas le droit d’inciter à la violence, c’est quand-même grave.

Souvent ce qui est dit, quand on parle de la censure au niveau de l’animation japonaise, c’est qu’en fait tout ça est régi par le CSA ou Familles de France, et tout le monde se dit, parce que les jeunes qui regardent ça : “c’est des gens qui ont 70 ans, comment ils peuvent comprendre ce que nous on va ressentir”.

Bah oui mais ça c’est la censure. Ou il y a de la censure ou y’en a pas. Mais nous, si y’avait pas eu cette censure, on aurait arrêté le doublage, ça c’est clair. Nous on avait dit : “jamais on a doublé un tel truc”. En même temps c’est grâce à ça qu’on a déconné. Si on avait pas déconné, ça aurait été insupportable. J’explique ça parce que si on avait fait au premier degré, si dans Ken le Survivant on lit ce qu’il y a d’écrit ça vous aurait pas plu. Pour une fois, et je pense que c’est rare dans le doublage…

C’était destiné à un public plus vieux.
Par exemple en Italie ça passait le soir vers 21H30, pour un public adolescent sinon adulte.

Voilà mais pas en France, en France c’était en plein dans le Club Dorothée. Mais les mômes adoraient ça.

Comme vous l’expliquiez, ce DA a été acheté au poids mais à la limite ça veut dire qu’ils en connaissaient pas le contenu ?

Non. Ils voyaient un épisode.

Ils voyaient un épisode et ils se disaient : “ouais c’est bon on l’achète”.

Ouais, voilà. Ils ont fait que ça, AB c’est des marchands de soupe. C’est pas des gens artistiques, dans tout ce qu’ils ont fait jamais ils n’ont fait quelque chose de bien, enfin de bien… Moi je trouve que quand on gagne du fric avec des choses un peu mercantiles, on se doit de faire des choses, en parallèle, qui présentent plus d’intérêt. Eux ne l’ont jamais fait. Ils faisaient les années fac, Hélène et les garçons. Alors ils ont racheté Ramster , alors maintenant ils ont Navarro et tous ces trucs-là qui sont à eux mais voilà… c’est des affaires de fric, c’est pas des gens d’art. C’est clair. Surtout Berdin et Azoulay … alors là…

Ah vous les aimez pas…

Non je ne les aime pas. Moi je les voyais pas. L’intermédiaire c’était le doubleur donc j’avais pas affaire à eux. Je doublais ça à AB, dans les studios AB en général , mais nous on n’avait pas à faire à eux. Moi c’est des gens que je n’ai pas envie de connaître, et j’ai des raisons pour ça, c’est pas des gens bien. Ça n’engage que moi.

Ils sont pas corrects ?

Non ils sont corrects sur le plan….ils n’ont jamais volé personne, enfin ils nous ont pas volés nous. Nous on a une responsabilité puisqu’à partir du moment où on acceptait de faire ça, on est responsables. Nous on a des métiers, et c’est toujours ce qui m’a plu dans ma vie, où on peut dire oui ou non. Je faisais un doublage, je regardais, si ça m’avait pas plus je disais “je ne continue pas”. C’était ma responsabilité. Donc là sur Ken le Survivant c’est vraiment la seule fois dans tout ce que j’ai fait dans le doublage, et j’en ai doublé des trucs, où y’a eu une réaction générale de tous les acteurs. “Non on ne veut plus faire ça.” “Tu veux bien qu’on déconne?” , “Oh oui oui déconnez, allez-y, faites ce que vous voulez”. Oh ben alors là… Dans le doublage y’a eu des expériences où,je sais plus comment ça s’appelle, où on dérive le sens : ils passaient des films de karaté et on dit n’importe quoi sur la bouche des gens. Ça a un nom. Eh ben là c’était pareil. C’était du doublage… dérivé n’est pas le mot juste. Je ne crois pas qu’il y ait une autre expérience dans le genre. Et il se trouve que ça a l’air, enfin d’après ce que je comprends, de plaire. Mais moi je découvre ça en même temps. Vous êtes pas les premiers à me dire ça, y’a beaucoup de gosses qui me l’ont dit, mais en même temps vous êtes les premiers à me dire que vous avez aimé ça parce que l’on doublait ça de cette façon là.

D’un autre côté on est aussi motivés par l’oeuvre originale.

L’oeuvre originale c’est autre chose, c’est caractéristique de la culture japonaise qui est extrêmement violente, enfin pour les DA, c’est un parti pris. J’ai redécouvert Ken le Survivant, j’avais souvenir, enfant, que c’était agréable grâce au doublage mais c’est plus tard, en lisant les mangas, le texte intégral, que j’ai vraiment compris et qu’il y a une beauté : les scènes de violence sont juste pour passer entre les scènes importantes qui sont plus dans le manga.
Moi honnêtement j’avais pas souvenir qu’il y avait autant de déconnades quand je l’ai vu quand j’étais gosse. Et c’est plus tard, quand je m’en suis réoccupé en faisant un site sur Ken, et que j’ai redécouvert la série, c’est là vraiment que j’ai vu que c’était complètement délirant. Mais quand j’étais gosse, ça m’a pas…

La seule chose qu’on peut sortir de Ken le Survivant, enfin à mon sens, c’était le côté un peu mystique…

Les constellations…

Oui voilà. Le côté surréaliste, surnaturel, c’est la qualité du truc si on peut garder une qualité. A partir de là, je comprends que ça vous ait plu. Moi personnellement c’est pas du tout ma culture, j’ai pas été élevé comme ça. D’abord la télévision n’était pas ce qu’elle est, et moi quand j’étais môme c’était quoi… c’était bonne nuit les petits. J’ai fait des feuilletons à la télévision, “Roule ta bille” par exemple, comme acteur, c’était ça la culture de l’époque des enfants . C’était “Roule ta bille”, “Thierry la Fronde”, “Le temps des copains”, mais c’était pas les DA. C’est beaucoup plus tard que ces DA sont arrivés et ont eu ce succès.

Et est-ce que vous suiviez l’histoire ?

Non. On ne suivait RIEN. On ne suivait rien. Là je vais vous décevoir, pour nous c’était…. On s’en foutait, pour nous c’était la déconnade.

Et vous avez souvenir des atata de Ken? Le “atata” , parce qu’au début il parait que c’est vous qui le doubliez puis finalement après ça a été le doublage japonais qui a été….

Ah peut-être… ils ont gardé l’original.

Oui. Les cris quand Ken frappait sur les adversaires.

Vous savez, les DA, personne regardait. Quand ça a commencé à déconner (au niveau de la violence), les familles je sais pas quoi et les organismes ont dû commencé à écouter. Y’a eu une anecdote dans le doublage assez marrante : y’avait une série, que vous connaissez, qui s’appelle Santa Barbara. Santa Barbara, c’est pareil, c’est doublé au poids. Pendant des années et des années ils ont doublé ça. Normalement, quand un doublage est fait, il y a un service dans la chaîne qui écoute le doublage : là personne n’écoutait rien. Ça passe dans un studio et normalement il doit y avoir des gens qui sont là, qui écoutent le doublage, et qui font : “OK c’est bon, ça passe.” Et dans le studio y’avait personne. Le truc passait et un jour un des patrons de TF1 passe dans le couloir. Et il entend un truc très mal doublé, il rentre, il s’assoit et il écoute Santa Barbara : “c’est pas possible, on va pas passer ça!” Et en fait c’était un acteur qui était nul donc il a demandé à ce qu’on redouble l’acteur : ça a coûté 100 briques. Parce que le type était de tous les épisodes, ils ont été obligés de tout refaire !

Source : hokuto.free.fr

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Un tankōbon est le terme japonais pour un recueil de chapitres de manga. En 1955, les éditeurs décident de republier les mangas diffusés par intermittences dans les magazines en un format poche à couverture souple. Il compile plusieurs chapitres d'une même série et les publie sur du papier de haute qualité. Ce sont ces versions qui sont utilisées pour les traductions européennes et américaines.

Weekly Shōnen Jump, fréquemment abrégé en Shōnen Jump, est un magazine de prépublication de mangas hebdomadaire de type shōnen créé par l’éditeur Shūeisha le 2 juillet 1968 et toujours en cours de publication. Il fait partie de la gamme de presse « Jump » de l’éditeur, celle-ci étant destinée à un public masculin de tous âges.

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