Interview de Jeremy Mauney

Interview réalisée pour 199X Hokuto No Ken
Traduit de l’anglais par Lhaz

Jeremy Mauney est le premier américain à avoir travaillé à temps plein au Japon en tant qu’assistant illustrateur pour un manga populaire. Il a apporté sa contribution au manga Sōten No Ken/Fist of the Blue Sky (les tomes 13, 14 et 15), ainsi qu’à la Master Edition et à la version mobile de Hokuto No Ken.

Avant de commencer avec nos questions pouvez-vous nous parler un peu de vous ? quels sont vos intérêts et votre travail ?

Eh bien j’ai 28 ans – j’en avais 22 quand je suis parti pour le Japon – et je vis actuellement à Lexington (Kentucky), ma ville natale. Je ne fais plus beaucoup d’illustrations, je concentre mon temps et mon énergie à me documenter et à écrire. Ces temps-ci je passe énormément de temps sur mon blog et sur mes projets musicaux. Je lis tout un tas de trucs qui parle de conspirations, d’ETs… ce genre de choses.

Pouvez-vous nous expliquer quelle était exactement votre tâche au sein de l’équipe de Tetsuo Hara ?

J’ai commencé par apprendre le dessin via pencil, au stylo à encre puis je suis vite passé à l’illustration digitale. Ma tâche principale était de créer les patrons des vêtements, les effets d’ombre et de lumière, les effets d’arrière plan ainsi que tout ce que Hara sensei souhaitait voir colorié digitalement dans Sōten no Ken. J’ai aussi eu l’occasion de faire du dessin à l’encre pour Sōten no Ken.

Qu’est-ce que ça fait de travailler au côté du maître ? quel genre de professeur est-il ? exigeant ? attentif ?

Il vit quelque peu reclus, il est toujours habillé dans un style de croisement entre un Yakuza et le Neo de Matrix… mais c’est quelqu’un qui a une façon de parler très douce (avec moi du moins) et qui s’entend bien avec tout le monde, d’après ce que j’ai pu en juger. Il travaillait en studio avec nous, mais restait dans un genre de bureau/studio privé décoré avec des écrans larges, du matériel Mac et des figurines de Hokuto No Ken. J’aime beaucoup ses goûts en général. Il est très fan de musique trance-electro. Il avait l’habitude de pousser le volume dans son studio quand nous étions en retard de bouclage.

De combien de membres se compose le staff de M. Hara ? comment sont réparties les tâches ?

En temps normal nous étions 7-8 assistants à bosser des tonnes d’heures sur le manga. Lorsqu’on accumulait du retard ou qu’il y avait beaucoup de pages d’action à réaliser on était aidés par des assistants supplémentaires. J’ai d’abord été chargé de l’illustration digitale puis j’ai formé quelques personnes afin qu’ils continuent le travail.

Combien d’heures de travail faut-il pour boucler un chapitre de Fist of The Blue Sky ? Vous arrivait-il de ne pas terminer à temps, de faire des heures sup ?

Ça variait beaucoup d’un chapitre à l’autre. On va dire que parfois ça prenait un total d’heures complètement dingue. Une journée de travail normale dure 12h – mais quand on approchait d’un bouclage on pouvait bosser facilement 24-48h d’affilée sans dormir (ou juste le minimum sur notre bureau). Il est arrivé qu’on sucre une page ou deux et qu’on change le dialogue ou la disposition des cases pour coller à l’histoire… mais uniquement si ça fonctionnait et si ça ne concernait pas des scènes nécessaires au développement de l’histoire.

Quels sont les inconvénients et les avantages de travailler sur un personnage aussi populaire que Kenshirō ?

Le plus grand inconvénient c’est le NOMBRE DE DÉTAILS. Haha, mais tout ça est vite oublié par la satisfaction qu’on a de voir le fruit de son dur labeur une fois la page du manga terminée. La plupart du temps vous vous sentez fier d’avoir contribué à quelque chose d’aussi spécial dans l’histoire du manga.

Pouvez-vous raconter une anecdote, un événement marquant ou drôle qui a eu lieu (s’il y en a eu) durant votre travail sur Sōten No Ken ?

Ce qui me revient là tout de suite c’est quand Hara Sensei avait commandé un uniforme nazi complet dans le but de l’étudier pour le personnage de Liù Zōng-Wù. Etant donné que j’étais le seul caucasien de 1,80m j’ai du servir de modèle 🙂 mais je précise que même si je suis blond aux yeux bleus je ne suis pas nazi 🙂 Plus tard, quand j’ai appris que c’était Arnold Schwarzenegger qui avait influencé le personnage de Liù j’ai fais remarquer à Hara Sensei que Arnold avait été sympathisant nazi et qu’il avait même porté une boucle de ceinture SS sur des couvertures de magazines US ! Je ne suis pas sûr qu’il m’ait complètement compris mais j’en garde un bon souvenir.

Durant votre travail dans le studio de Hara avez-vous eu l’occasion de voir un OVNI ? (blague)

Haha, en fait je n’avais jamais vu d’ovni jusque 2009. Par la suite ça m’est arrivé 2 fois, dont une fois en compagnie de ma femme.

Est-ce que c’est difficile pour un étranger de travailler dans l’apprentissage d’un mangaka?… notamment à cause des différences culturelles.

En fait ça ne doit pas poser un si gros problème si vous parlez le japonais. Tant que vous pouvez copier plusieurs styles et obéir aux ordres. Personnellement je ne savais pas parler japonais quand j’ai emménagé à Tokyo en 2005 (à part les bases que toute personne familière au Japon connait). Mais en dehors de ça tout le monde était très poli avec moi et je me suis fais de bons amis parmi les assistants – malgré la barrière du langage (seuls quelques assistants parlent un anglais de base).

Commentaire(s)

Un gaiden est un mot japonais signifiant "histoire parallèle" ou "conte". Le mot est utilisé fréquemment dans la fiction japonaise pour décrire un spin-off d'une oeuvre existante, ce n'est ni une séquelle, ni une préquelle. Cependant, certains gaiden sont aussi des réécritures d'histoires connues, mais vues depuis un autre personnage, une sorte de flashback.

Un Kanzenban est un volume en édition collector. Ces volumes sont généralement plus coûteux et plus fournis, avec des caractéristiques spéciales telles que des couvertures conçues spécifiquement, un papier de plus haute qualité, une couverture de protection spéciale, etc.

Seuls les mangas les plus populaires paraissent sous ce format.

Un tankōbon est le terme japonais pour un recueil de chapitres de manga. En 1955, les éditeurs décident de republier les mangas diffusés par intermittences dans les magazines en un format poche à couverture souple. Il compile plusieurs chapitres d'une même série et les publie sur du papier de haute qualité. Ce sont ces versions qui sont utilisées pour les traductions européennes et américaines.

Weekly Shōnen Jump, fréquemment abrégé en Shōnen Jump, est un magazine de prépublication de mangas hebdomadaire de type shōnen créé par l’éditeur Shūeisha le 2 juillet 1968 et toujours en cours de publication. Il fait partie de la gamme de presse « Jump » de l’éditeur, celle-ci étant destinée à un public masculin de tous âges.