Interview de Raphael Pennes – Asuka (2009)

L’acquisition de la licence « Hokuto No Ken »

raphael_pennesHokuto Legacy : Un manga publié en 1983 au japon et arrivé sur les écrans francophones 5 ans plus tard. Plus de 20 ans nous séparent de la première diffusion et de l’engouement pour cette série sur le petit écran. La publication du manga par “J’ai Lu” a mis dix ans à sortir après cette première diffusion. C’était la première fois qu’il était possible de connaître l’histoire complète de la série dont la diffusion avait été stoppée à grand renfort de polémique. Le public manga d’aujourd’hui abreuvé de divers médias n’est plus tributaire de son téléviseur comme dans les années 80, y a t’il encore une place pour Kenshirō face à d’autres héros de Shonen plus récents ?… On en vient donc à se demander les raisons qui ont poussé Asuka à acheter la licence. Est-ce simplement pour rebondir sur un effet 25ème anniversaire ou y a-t-il d’autres raisons plus complexes ?

Asuka : Hokuto no Ken est une licence unique, indémodable, intemporelle qui n’a pas pris une ride en 25 ans ! Face aux nouveaux best-seller tels que Naruto ou One Piece, Hokuto no ken n’a absolument pas à rougir. Et il est clair qu’un tel chef d’œuvre, publié partout dans le monde, toujours dans le top 10 des meilleures ventes BD à côté de Tintin ou Dragonball, ne devait pas rester indisponible en France plus longtemps. Certes l’exposition d’Hokuto no Ken est bien moins importantes que dans les années 90, ce qui relais la série principalement aux ados ayant connu la série via leur grand frère et les nostalgiques comme moi, mais chaque tome s’écoule encore à plus de 12.000 exemplaires à sa sortie ! L’envie de reprendre Hokuto no Ken ne date pas d’hier, et notre patron qui est aussi celui de notre maison mère Kaze vidéo, a travaillé de longs mois (pour ne pas dire années) a acquérir les droits cinéma et vidéo de la nouvelle trilogie animée et ceux du manga, et ce afin de ressusciter la licence quelque peu tombé dans l’oubli et pas nécessairement très exposée par Panini et Fist of the Blue Sky ou AB Vidéo. Le 25ème anniversaire est bien tombé, mais n’a pas constitué le point névralgique de notre stratégie.

La publication de la licence

Nombreux sont les fans à avoir connu l’édition papier “J’ai Lu” de 1999 à 2001. La qualité somme toute médiocre du papier de cette édition reste encore gravée dans les mémoires, force est de constater que Asuka a opté pour des matériaux plus nobles.

Asuka : En effet, rééditer une telle œuvre, ne pouvait pas se faire à partir de scan de l’édition japonaise comme J’ai Lu l’avait fait, mais bel et bien en travaillant sur du matériel de qualité, fourni par l’éditeur de Hara sensei. Nous souhaitions proposer directement l’édition deluxe de Shogakukan, avec les pages couleurs etc… mais Hara sensei, lui frustré par l’édition précédente, voulait dans un premier temps voir son œuvre éditée de manière fidèle à l’édition Jump Comics, dans l’esprit où les japonais l’ont découverte dans les années 1980. Comment dire non à l’auteur lui même, que nous idolâtrons depuis l’adolescence !

Ce type de support ou un support amélioré pourrait-il voir arriver les Gaiden tels que le Jagi Gaiden et caresser l’espoir de voir une sortie reliée ou brochée du Ryuken Gaiden qui n’est jamais sorti sous cette forme au japon.

Asuka : Hokuto no Ken est la pièce maîtresse d’Asuka, la pierre angulaire de notre stratégie autour du shonen. Alors que tous les éditeurs se battent autour de toujours plus de nouveautés, à tenter à tout prix d’obtenir le nouveau titre à la mode, nous avons opté pour une stratégie autour d’une œuvre et de ses spin-off, dans le but de proposer une cohérence éditoriale. Aussi, nous avons commencé à publier Raoh quasi simultanément avec le retour de la série principale et surtout du premier film, sacrant l’avènement de Ken’Ō, elle devrait se terminer au moment de la sortie de la série TV correspondante. Julia sort ce mois-ci, simultanément à l’OAV faisant la transition entre les films, avec une stratégie soignée de communication faisant le pont entre l’œuvre papier et l’œuvre vidéo pour proposer un maximum de cohérence. Nous proposerons le spin-Off de Rei en fin d’année à la suite de Raoh, en novembre pour être précis, et ce en attendant que le second film sorte en salle, puis en DVD. Enfin, lorsque l’OAV autour de Toki sera proposée en 2010, nous proposerons la série qui a mes yeux est l’une des meilleures. Pour l’instant, nos accords avec North Star Pictures et Coamix / Shinchosha, les exploitants des licences Hokuto no Ken s’arrêtent là. Il est pour autant pas exclu, que si notre stratégie globale fonctionne bien, nous ne puissions pas vous proposer Jagi aussi, mais de là à espérer pouvoir proposer prochainement Ryūken, c’est une autre affaire, surtout qu’il n’a jamais été publié en dehors des magazines et ce genre de projet est assez complexe à réaliser.

Comptez vous aller encore plus loin et éditer des ouvrages haut de gammes tels que les Art-Books et les Data-Books ? De tels ouvrages pourraient inclure les premières trames de l’ébauche de Hokuto No Ken dans Shonen Jump avant la participation de Buronson au scénario.

Asuka : Nous avons quelques uns de ces beaux ouvrages, dont le récent art book magnifique mais nous n’avons rien de tel de prévu pour le moment après seulement un an de travail et d’exposition de la série en France. L’avenir nous le dira !!

Traduction

La traduction “J’ai Lu” étant déjà existante, pourquoi avoir lancé une nouvelle traduction, est ce une demande expresse de l’auteur ? Le but n’est pas de rouvrir le long débat sur la traduction et l’affaire des “Keuwaaaaa” (“Quoi” à la sauce SMS) mais la réutilisation d’une traduction existante aurait pu rapprocher les sorties entre les volumes et permettre de concentrer l’énergie du pole de traduction sur d’autres ouvrages jamais publiés.

Asuka : Ce point est plus complexe que ce que vous pouvez penser. Premièrement une traduction, comme une adaptation, est protégée et appartient à vie à son auteur puis en cas de décès à ses successeurs. Il est donc interdit de recopier ou de s’approprier une traduction. Il est clair qu’il nous a été interdit par les auteurs de changer le titre par Ken Le Survivant, titre qui a l’époque où Shueisha régnait en maître sur l’œuvre de Buronson & Hara sensei n’a jamais été soumis à leur approbation ! Il en va de même pour les délires humoristique venu de l’imagination des doubleurs ayant officiés sur la version française pour le groupe AB. Nous avons tenté d’approcher le texte original au maximum, tout en le modernisant parfois, quand cela nous semblait utile. La raison est simple en 20 ans le jargon a bien évolué, et pour coller à l’époque un petit coup de jeune était à nos yeux essentiels. Par contre, Keuwaaa n’était pas à nos yeux spécialement style SMS, mais plutôt style grosse brutasse sans cerveau ! Il s’agit bêtement d’un problème générationnel je pense que nous avons gommé au fil des tomes pour satisfaire le plus grand nombre.

A cela s’ajoute le quid des traductions de fans déjà disponible et n’étant pas propriété de leurs auteurs, Asuka pourrait les réutiliser et les soumettre à des correcteurs pour un gain de temps non négligeable. Quelle est la politique maison sur le sujet ?

Asuka : Nous sommes encore une fois au service du texte original, mais ne nous interdisons pas de regarder ce qui a été fait par J’ai Lu ou les sites comme le votre ! Toutefois un cahier des charges, notamment sur les noms à été établi avec l’assistant de Hara sensei pour que nous respections les souhaits des auteurs. Par exemple, nous n’avons pas le droit de parler de Kung-Fu légendaire, mais uniquement d’art martial, ou Yuria ne peux pas exister en tant que tel en France, car les auteurs voulait vraiment appeler Yuria, Julia mais la phonétique japonaise a encore frappé à tort. Yuria se prononçant Jyulia, en japonais les R se lisent L…

Le futur de la licence

La licence actuelle porte sur “Hokuto No Ken” mais l’oeuvre de Tetsuo Hara ne se limite pas qu’à ces personnages. Pensez-vous étendre cette licence et éditer les autres œuvres de Hara comme Cyber Blue et Sakon ?… Si oui, sous quel délai ?…

Asuka : Pour le moment le souhait de Hara sensei et son équipe éditoriale, est de se concentrer sur Hokuto no Ken. Bien sûr, nous n’excluons pas de leur proposer un jour une offre notament pour Kagemusha ou Cyber Blue, mais ce n’est pas à l’ordre du jour pour l’instant.

Asuka et les fans de l’homme aux 7 cicatrices

Est ce dans la politique maison de soutenir les fans et les structures associées tels que les forums et projets ? Pourrait-on dès lors imaginer un partenariat amélioré avec le site Hokuto Legacy, légitimant la pertinence de ce forum tout en offrant à Asuka une vitrine pour ses produits.

Asuka : Dans un premier temps, nous avons analysé quand le temps nous le permettais quel site était pertinent et respectait les lois du droit d’auteurs. Nous avons afin de nous protéger vis-à-vis de notre partenaire japonais dû faire un peu le ménage en matière de scantrad, et sur ce point nous nous excusons d’avoir manqué de tact, mais tellement de sites se moquent des éditeurs que nous avons appliqué un sevrage strict à l’ensemble des sites proposant ce type de support pirate. Nous avons la volonté de rentrer dans une démarche éditoriale plus élaborée, mais nous n’avions pas de page dans les premiers tomes pour ce faire, et toute page éditoriale doit être soumise à l’éditeur et prend donc un temps monstrueux à faire approuver. C’est dans les tuyaux et notre attaché de presse, vous contactera très prochainement à ce sujet c’est promis.

Une opération de sponsoring sur un concours à l’occasion de la Japan Expo ou d’un évènement Asuka autour de la licence “Hokuto No Ken” pourrait elle être envisagée ?

Asuka : Tout à fait, nous sommes prêt à proposer des lots pour différents concours et même pourquoi pas d’autres idées intéressantes permettant de pousser Hokuto no Ken vers les sommets !!

Les relations entre Asuka et Hara

M. Hara ayant racheté ses droits et étant à nouveau propriétaire des droits d’adaptations pour ses œuvres, on peut donc imaginer que Asuka a traité en direct avec le maître pour l’obtention de la licence Hokuto No Ken. Pensez vous qu’il soit possible de faire parvenir un courrier et un cadeau par l’entremise d’ Asuka ? Nous songeons à deux bouteilles de grand cru de 1983 à l’attention de MM Hara et Buronson…

Asuka : Nous travaillons avec son équipe en effet, mais nous n’avons pas encore pu rencontre ni Hara ni Buronson. Sa visite en France, n’est que partie remise, son annonce étant été faite prématurément par Japan Expo et sa société de communication. Concernant votre idée de cadeau, c’est plus que possible, nous sommes à votre disposition pour réaliser ce projet !

Votre personnalité et Hokuto No Ken

Pour conclure cette série de questions, pouvez vous détaillez quels sont vos personnages respectifs favoris et pour quelles raisons ?

Asuka : Pour ma part, je suis un fan incontesté de Toki, c’est mon modèle, mon héros, et j’ai un faible pour Rei qui a bien la classe dans son genre !!


Propos recueillis par Benoît Spacher (Iceman57), juin 2009.
Sincères remerciements à Jérôme Chélim, attaché de presse Asuka, pour son soutien.

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