Interview Ex’Po (2004)

Interview de Buronson et Usami Ren, réalisée dans le cadre de la sortie de Shin Hokuto no Ken.

Allen: Quelles ont été les influences à l’origine de la série Hokuto No Ken ?

buronson_2004Buronson: Les influences ? Hmmm, en fait tout à commencé lorsque Mr. Hara s’est associé à Horie-kun le co-éditeur, de là est né un petit manga. Lorsque le moment fut venu de produire une série régulière, il a fallu étoffer le scénario et c’est à ce moment qu’il a demandé mon aide. A la base l’histoire portait sur un petit manga à base de kenpō et du Hokuto shinken. J’ai par la suite totalement changé le background. A l’origine le héros était un étudiant à l’unif. Après ma réécriture, l’histoire se passait désormais dans un futur proche, inspiré de l’univers de Mad Max. Tout ce côté Mad Max je le revendique entièrement. Par la suite on a été influencés par les films, de Bruce Lee à Mad Max. A l’époque tout le monde était d’accord pour dire « Faisons un tout nouveau Hokuto No Ken« . Le héros est évidemment inspiré de Bruce Lee, pour l’histoire, ce serait plutôt Mad Max. Un monde « sans armes », n’est-ce pas le monde idéal pour mettre en valeur la force physique venant de la maîtrise du kenpō ?

Allen: Quand avez-vous pris la décision de revenir sur une série considérée maintenant comme culte ?

Usami: Vous savez, il y a 10 ans environ l’anime de HNK était très populaire. Dans le monde de l’animation japonaise c’est un gros morceau, un véritable carton. C’est la raison pour laquelle, quand cette idée de Shin Hokuto No Ken est arrivée, il nous a fallu faire mieux que l’original. Comme ce n’était pas une nouvelle série à proprement parlé, nous devions atteindre un niveau de qualité supérieur, les animateurs étaient bien conscients qu’ils devaient donner le meilleur d’eux-mêmes. Seuls quelques personnes étaient capables de bosser sur un projet tel que celui là et nous, en tant que producteurs, nous nous devions d’avoir… enfin peu importe le nombre de personnes que nous voulions sur ce projet nous en voulions toujours plus. C’est un gros morceau vous savez, et de ce fait nous devions insister sur certains points. Ce fut un boulot monstre rien que pour réunir le staff mais ceux qui ont signés étaient motivés pour ce projet, peut-être même plus que ceux à l’origine. Le produit fini est vraiment très bon. De notre côté, en tant que compagnie d’animation 2D et 3D, nous voulions avant tout produire un boulot unique, complètement différent de ce qui existait déjà.

Allen: Grâce à la possibilité de mixer les éléments 2D et 3D dans l’animation, pensez-vous que l’histoire a été mieux racontée ? comment avez-vous réagit en voyant votre histoire prendre forme avec cette technologie ?

Buronson: Mmm, la vitesse et les effets de caméra sont complètement différents avec cette technologie. Parce que c’est de la 3D… par exemple, dans les scènes désertiques nous pouvions faire des scènes prises de très haut aussi bien que des prises panoramiques. Et dans les scènes avec des motos nous pouvions avoir des engins roulant en avant-plan en 3D. Ça donne un rendu de mouvement très réaliste. Le mélange 2D/3D permet de réaliser des choses impossibles en animation classique. En résumé cela change la donne en matière de mouvement.

Allen: Pour vous qui avez contribué à l’évolution de l’histoire originale, ça vous fait quoi de la voir animée ?

Buronson: Et bien, la première chose qui m’est venu en tête c’est… j’aurai du faire tout ça moi-même ! [Rires] Plus sérieusement, quand vous êtes l’auteur d’une histoire, vous avez votre propre image en tête. Une fois concrétisée vous avez quelques doutes légitimes sur tout ça, du genre « ça c’était différent, ça aussi c’était différent… » étant donné que c’est le travail d’une autre personne il est normal que ça ne corresponde pas forcément à vos attentes. Si vous avez le temps et l’argent et que vous voulez que ça colle parfaitement à votre vision alors vous devez le faire vous-même. De toute façon une fois que le boulot est fini on ne peut pas revenir en arrière et se permettre de dire « ça ça ne va pas, et ça devrait être autrement, est-ce que c’est possible de changer ça ? » [Usami Ren se marre]. Entre nous, c’est impossible d’être satisfait à 100% non ?

Usami Ren: Quel est votre pourcentage de satisfaction ?

Buronson: Uh… et bien, je vais être honnête, disons 80%. Il y a trop de sang qui gicle à mon goût. J’aime pas ça, des scènes barbares comme celles-là.

Usami Ren: Ah.

Buronson: Etant donné qu’il y a plusieurs scènes de ce genre… disons plutôt 70% de satisfaction.

Allen: En parlant de violence, l’arrivée de HNK aux USA ne s’est pas passée dans la joie et la bonne humeur. Y a-t-il des thèmes que vous vouliez aborder au delà de cette violence ? et y avait-il une raison pour accentuer autant cette violence ?

Buronson: Mm. L’histoire de base c’est… en fait lorsque les structures sociales disparaissent, vous ne pouvez plus compter que sur votre force brute. C’est le genre de vision du monde que nous avions en tête. évidemment quand tout est centré sur la force physique la violence règne. Et qu’est ce qui peut triompher de la violence ? l’amitié, l’amour et les émotions que les gens gardent au fond d’eux. Tout cela surpasse la violence. L’amour et la compassion sont plus forts que la violence. C’est le thème sur lequel j’ai écrit cette histoire. Si ce thème n’a pas été bien compris et bien… je suppose que je ne peux m’en prendre qu’à moi-même.

Usami Ren: Non, non! j’en prend la responsabilité si cette histoire n’a pas été bien contée !

Buronson: Vous savez, HNK c’est une histoire triste. Dans la première partie de l’histoire vous voyez la tristesse autant des hommes que des femmes et vous devez l’endurer. Vous devez être fort même si vous ne l’êtes pas, pour le bien des autres. Vous même ne comptez pas, ce sont les autres qui comptent. J’ai écrit cette nouvelle histoire en pensant « je dois mettre ces éléments tristes dans l’histoire. »

Allen: Au delà de ces trois épisodes que vous avez réalisé pour Shin Hokuto No Ken, quand et comment continueriez-vous cette histoire ?

Buronson: Et bien, en commençant par changer les producteurs [rires].

Usami Ren: Vous voulez parler de Horie!

Buronson: Si on devait refaire une histoire, on devrait sûrement créer une toute nouvelle histoire, qui serait assez différente. On referait HNK depuis le début. J’aime assez Raoh vous savez. J’aimerai dépeindre Raoh de manière plus cool. Les personnages sont déjà connus alors pourquoi ne pas faire de Raoh le personnage central, puissant et cool à la fois. A côté de ça, oui, recommencez tout depuis le début ce serait intéressant. On pourrait en faire une histoire intéressante. Ça et aussi changer de producteurs ! [rires].


Lire aussi

Commentaire(s)

Un gaiden est un mot japonais signifiant "histoire parallèle" ou "conte". Le mot est utilisé fréquemment dans la fiction japonaise pour décrire un spin-off d'une oeuvre existante, ce n'est ni une séquelle, ni une préquelle. Cependant, certains gaiden sont aussi des réécritures d'histoires connues, mais vues depuis un autre personnage, une sorte de flashback.

Un Kanzenban est un volume en édition collector. Ces volumes sont généralement plus coûteux et plus fournis, avec des caractéristiques spéciales telles que des couvertures conçues spécifiquement, un papier de plus haute qualité, une couverture de protection spéciale, etc.

Seuls les mangas les plus populaires paraissent sous ce format.

Un tankōbon est le terme japonais pour un recueil de chapitres de manga. En 1955, les éditeurs décident de republier les mangas diffusés par intermittences dans les magazines en un format poche à couverture souple. Il compile plusieurs chapitres d'une même série et les publie sur du papier de haute qualité. Ce sont ces versions qui sont utilisées pour les traductions européennes et américaines.

Weekly Shōnen Jump, fréquemment abrégé en Shōnen Jump, est un magazine de prépublication de mangas hebdomadaire de type shōnen créé par l’éditeur Shūeisha le 2 juillet 1968 et toujours en cours de publication. Il fait partie de la gamme de presse « Jump » de l’éditeur, celle-ci étant destinée à un public masculin de tous âges.