Interview 30ème anniversaire – Comic Zenon (2013)

Interview en 2 parties réalisé à l’occasion du 3ème anniversaire du Comic Zenon et des 30 ans de Hokuto no Ken.

Traduit du japonais par Laurent Nguyen pour Hokuto Legacy.

30ans_buronson_01Garuzo : Merci encore de me recevoir.

Buronson : C’est un plaisir.

Je vous préviens, cet entretien aura également un petit côté rétrospective sur Hokuto no Ken, c’est pourquoi je vais vous poser certaines questions dont je connais déjà la réponse, ou auxquelles vous avez déjà répondu à de nombreuses reprises.

Pas de problème.

Pour commencer, pourriez-vous me raconter comment vous en êtes arrivé à vous occuper de la série ?

J’ai reçu une commande. Au départ, l’histoire devait se dérouler dans le présent… dans un établissement pour mineurs, si mes souvenirs sont bons. Kenshirō aurait été un lycéen qui s’en échappe. Une sorte d’exécuteur des temps modernes.

En gros, c’était dans la continuité des one-shots ?

Quand j’ai lu les one-shots, j’ai été séduit d’une part par le Hokuto Shinken, d’autre part par la réplique « Tu es déjà mort » (anta mou shinderu yo). Cette phrase s’est immédiatement inscrite dans mon esprit.

Elle vous a marqué vous aussi.

Je me demande si le sel de la série ne réside pas justement dans ce kenpō et dans cette phrase. Ce décalage du moment de la mort, que je peux mettre à profit.

Ah, vous voulez dire qu’en tant que scénariste, vous pouvez par exemple décider du nombre de secondes avant la mort et utiliser ce laps de temps pour raconter des choses.

Seulement, ça n’aurait pas marché avec une histoire qui se déroule dans le présent. Sur Doberman Deka, j’avais déjà essayé de mettre en scène un personnage d’exécuteur. J’ai dû écrire un ou deux chapitres dans cet esprit, mais ça ne fonctionnait pas du tout. Disons que c’était mon intuition de scénariste de l’époque, mais à cause de ça j’ai tout de suite pensé que Hokuto ne pouvait définitivement pas se dérouler dans le présent.

C’est là que vous avez vu le film Mad Max 2 ?

C’est ça, Mad Max 2. J’avais ce monde aride et sans foi ni loi sous mes yeux, et j’ai essayé d’y imaginer Kenshirō. À ce moment-là, je me suis dit que ça pourrait marcher.

J’adore ce film. Il dépeint vraiment un monde de violence ou règne la loi du plus fort.

J’ai pensé que dans un monde où les armes modernes n’existeraient pas, le kenpō aurait sans doute survécu et serait devenu la meilleure arme qui soit.

C’est vrai que si Kenshirō avait été là, personne n’aurait eu peur d’Humungus. Bon, il a un pistolet, mais avec seulement quelques balles (rires).

J’ai aussi été influencé par ma visite des Killings Fields au Cambodge. L’image de tous ces crânes des victimes du génocide, encore visible de nos jours. J’ai pensé que le concept du Hokuto Shinken irait bien avec cette violence atroce et cruelle.

C’est de là que vient le monde de la série. Un monde où la civilisation a disparu, et où il ne reste que la violence et la peur.

Oui, voilà en tout cas pour le premier chapitre. Après, il fallait penser au chapitre suivant. Pour l’introduction, l’impact de la découverte était suffisant, mais il fallait ensuite que le voyage du héros ait un but.

30ans_buronson_02Cette scène de fin où Kenshirō répand des rizons sur la tombe du vieux Misumi et dit « Ils pousseront » (minoru sa), c’est là que je me suis dit que ce manga était vraiment génial. C’est l’un des moments préférés des fans, et l’un des miens.

Ça s’est décidé sur le fil. Je n’arrivais pas à trouver une bonne idée, mais comme on manquait de temps, M. Hara avait dû commencer à dessiner. C’est là que la réplique « Ils pousseront » m’est apparue, et je me suis dit « Bingo ! » M. Horie, qui attendait avec impatience qu’on finisse, a saisi l’original correspondant et a foncé avec, tandis qu’il a refusé tous les travaux qu’on avait réalisés jusque-là. À l’époque, M. Hara se faisait littéralement exploiter (rires).

J’ai déjà entendu cette histoire, peut-être de M. Hara (rires).

Je ne sais combien de fois j’ai réécrit ce deuxième chapitre. Mais cette dernière scène a comme débloqué le fil du récit, je savais où aller à partir de là. Introduire un personnage féminin, Yuria. Ensuite, expliquer l’origine des sept cicatrices sur le torse de Kenshirō.

Au départ, elles n’avaient pas de signification particulière ?

C’était entièrement pour le style, pour lui donner un signe distinctif, comme un tatouage. Sur mon scénario, j’ai indiqué de rajouter ça « parce que c’est cool ». Quand on voit ça, on sait tout de suite que c’est Kenshirō, pas vrai ? L’homme aux sept cicatrices sur le torse, même si on ne se rappelle pas de son nom, on pense à Kenshirō.

On découvre leur origine avec l’arrivée de Shin, un personnage important.

Shin inflige ses cicatrices à Kenshirō pour lui dérober Yuria. Quand j’ai eu cette idée, je me suis dit que j’étais un génie. Même maintenant, je pense que ce passage est parfait (rires).

C’est ce que disait un type qu’on prenait pour un génie. Mais c’était un usurpateur (rires).

Ceci dit, l’histoire n’aurait pas pu avancer sans ce genre d’éclairs.

Je me suis demandé étant adulte pourquoi Shin avait infligé à Kenshirō des cicatrices en forme de constellation de la Grande Ourse. Pour qu’il aille jusque là, était-ce parce qu’il avait senti que Kenshirō deviendrait fort et qu’il fallait le pousser dans ses retranchements, ou pour lui rappeler son rôle d’héritier du Hokuto ? Comme une sorte de stigmate du messie.

Mais à l’époque tu devais être en primaire, donc pour toi Shin était juste un méchant, non ?

Vu comme ça, c’est vrai que je n’ai réfléchi que plus tard aux sept cicatrices et aux intentions de Shin.

Haha, tu vois. En fait, Hokuto est bourré de choses dont on ne se rend compte qu’en y repensant plus tard. Dis comme ça, ça peut paraître décevant, mais je n’avais pas vraiment réfléchi à tout ça en amont, je n’en avais pas le temps avec la parution hebdomadaire.

30ans_buronson_03En tant que lecteurs, on avait l’impression que Hokuto no Ken aurait pu facilement continuer encore longtemps, mais en réalité c’était plus proche d’un combat de tous les jours.

Tout à fait. À chaque fois c’était une nouvelle bataille, et on ne pouvait pas se relâcher une seconde. Du coup, lorsque M. Hara me demandait ce qui allait se passer ensuite, je ne pouvais que lui répondre que je n’en savais rien non plus. Comme il fallait que je réfléchisse pour que l’histoire avance, ça devait être assez difficile pour M. Hara d’être dans cette position d’attente. Mais à l’inverse, ce n’est pas bon de trop planifier en amont non plus, sinon on finit par vendre la mèche.

Un peu comme sur le tournage d’une série télé, non ? Comme si à chaque épisode, les acteurs recevaient un script et jouaient sans savoir qui était le meurtrier par exemple. S’ils connaissaient son identité, cela se verrait d’une manière ou d’une autre dans leur jeu. Quand vous parlez de vendre la mèche, c’est un peu de ça qu’il s’agit, non ?

Il y a de ça, oui. De toute façon, c’était un quotidien tellement agité qu’on n’aurait pas pu faire autrement.

Avec l’arrivée de Shin, on découvre l’école Nanto Seiken. On peut dire que ses membres jouent le rôle des adversaires redoutables tant attendus, pas vrai ? (NdT : dans le manga, le mot kyōteki, « adversaire redoutable », est prononcé tomo, soit « camarade », pour signifier que les adversaires sont avant tout des rivaux respectés).

Le Hokuto Shinken, ou devrais-je dire le Gō no Ken, est un style de combat à base de coups de poing puissants et tranchant, un peu comme des coups de machette. Le Nanto Seiken ressemble quant à lui plus au sabre japonais, tout en grâce et en élégance. Il a cette légèreté. C’est pour mettre en avant cette agilité que j’ai donné des noms d’oiseaux aux différents poings du Nanto.

Il paraît que Rei est inspiré du personnage de Rei Ichido dans Highschool! Kimengumi, c’est vrai ?

Non, non, c’est totalement faux !

Ah, ouf. Ça avait l’air plausible sur le papier. Ce serait exagéré de dire qu’on attendait cette confirmation depuis 30 ans, mais merci beaucoup d’avoir mis les choses au clair. Il faut dire que Rei est un personnage crucial qui marque un tournant dans l’histoire, pas vrai ?

Pour moi, ce serait plutôt Jagi.

Hein ? Vraiment ?

Pas que Rei soit sans importance, mais Jagi introduit l’existence des frères de Kenshirō. Si je n’avais mis en avant que Rei, je pense que ce serait devenu une histoire d’amour entre lui et Mamiya. C’est lorsque Jagi apparaît que l’histoire prend une toute autre dimension. Même si Rei est aussi impliqué.

Ah, je vois. Rei cherche l’homme aux sept cicatrices sur le torse, et il s’avère que c’est le frère de Kenshirō.

Ça n’aurait pas marché si Jagi avait été un simple bandit du coin et non le frère de Kenshirō. C’est grâce à ce lien que l’histoire gagne en profondeur. Je dirais même que c’est grâce au fait que le héros s’appelle Kenshirō (NdT : littéralement « le quatrième fils »).

Ce qui implique qu’il ait trois frères.

Oui. Ça introduit l’idée d’une guerre de succession pour la suite de l’histoire. Seulement, à l’époque je n’avais imaginé que Jagi, et pas encore les deux frères restants. C’est pour ça que j’ai dit à M. Hara de les dessiner en silhouette.

Vous lui avez dit de dessiner un personnage gigantesque et un autre d’allure fine en attendant.

En tant que lecteur, on peut trouver le procédé un peu facile, mais pour une bonne histoire, c’est plus efficace qu’on peut le croire.

Si l’auteur d’une bonne histoire comme celle de Hokuto no Ken le dit, je veux bien le croire.

Au final, c’est la passion injectée dans l’œuvre qui compte.

À propos, je ne lis pas souvent les œuvres que je scénarise, même lorsqu’elles sont publiées en volumes reliés. Pour Hokuto no Ken, je n’ai jamais lu la deuxième partie.

Ah bon ? Vous ne lisiez pas le manga ? Même pas une fois ?

Non. Mais je m’y suis mis récemment, j’ai lu tous les volumes reliés depuis le début.

C’est un véritable événement ! Vous avez fait ça pour les trente ans de la série ?

Il y a ça, et aussi pour répondre aux interviews comme aujourd’hui. Jusque-là, à chaque fois qu’on me posait des questions, je ne faisais que répondre par « je ne m’en souviens pas très bien ». On peut dire qu’aujourd’hui, j’ai plus de souvenirs sur Hokuto que j’en ai eu en trente ans.

Ça tombe plutôt bien (rires). Dans ce cas, profitons-en et revenons à l’histoire des frères. Comment avez-vous défini leurs personnalités ?

C’était plutôt simple. On pourrait parler d’une fratrie classique. Vous avez l’aîné qui est fort, le second qui est intelligent, le troisième qui est mauvais. Quant au cadet, c’est l’innocent qui ne fait que suivre ses frères.

Leurs traits de base ont beau être simples, leurs personnalités respectives transparaissent vraiment dans leur façon de parler. Par exemple, Raoh utilise des mots désuets tels que unu (NdT : « Tu » familier, équivalent de kisama ou Temee).

Disons que le parler des samouraïs colle bien avec un personnage aussi fort, qui s’exprime de manière solennelle. Ça correspond bien à sa grande taille ainsi qu’à son côté majestueux.

À l’inverse, Toki, le second de la fratrie, parle de lui-même en utilisant watashi (NdT : « Je » poli). Loin d’un ton désuet ou de samouraï, il sonne un peu comme un pasteur, et ça lui va bien.

Personnages et répliques sont indissociables. Le ton des répliques définit les personnages. Par exemple, pour Toki c’est comme tu l’as dit, tandis que Jagi parle comme un petit caïd. Oui… c’est comme ça que ça marche. Je me suis vraiment creusé la tête sur l’écriture !

Grâce à vos efforts, même à trente-huit ans je peux aimer cette série (rires).

Alors j’ai bien fait de me creuser la tête.

Au fait, avec M. Horie, on a évoqué à un moment le fait que Raoh était plus fourbe qu’il n’y paraissait.

Oh, qu’entendez-vous par fourbe ?

Avant chaque combat, Raoh demande à son adversaire s’il a vu l’étoile de la mort, et si celui-ci répond non, il s’esquive en disant qu’il est trop tôt pour combattre. D’autre part, comme il ne connaît pas le secret du corps de Souther, il s’arrange pour que celui-ci se batte d’abord contre Kenshirō. Seule la victoire compte pour lui. M. Horie disait ça un peu pour plaisanter, mais c’est vrai quand on y pense. Selon la manière de voir les choses, on peut appeler ça une grande soif de victoire ou bien de la fourberie.

Je vois. Disons que Raoh a sa propre manière de penser. Il veut à tout prix conquérir le pays de Shura.

C’est vrai. Je comptais parler de cette partie plus tard, du coup je vous reposerai des questions dessus. En tout cas, je n’avais personnellement jamais trouvé Raoh fourbe. L’idée ne m’avait pas effleuré l’esprit en trente ans, car Raoh a une présence tellement forte qu’il m’était impossible de le remettre en question. La perfection du personnage surpasse tout.

Oui. Plus qu’un fourbe, c’est quelqu’un pour qui les faibles n’ont pas leur place dans le monde.

Sa première apparition m’a vraiment marqué. Comment dire, j’étais non pas excité mais plutôt impressionné. Même enfant, j’ai immédiatement compris que ce méchant n’avait rien à voir avec ceux qu’on avait pu voir jusque-là. Avec ce regard, lorsqu’il apparaît chevauchant Kokuō..

On avait eu l’idée d’un cheval grand comme éléphant. Au départ, M. Hara a seulement dessiné ses empreintes de sabots, puis on s’est demandé quel genre de personnage pouvait chevaucher une telle bête. M. Hara a pu partir de là pour trouver son inspiration. Raoh apparaît en haut d’une falaise, si mes souvenirs sont bons.

Ah, cette scène. Raoh est déjà apparu en tant que tel, mais c’est la première fois qu’on le voit sur Kokuō avec son casque. En d’autres termes, c’est sur cette falaise que Ken-Ō apparaît clairement pour la première fois. Cette scène est marquante au point qu’on s’en rappelle comme la première apparition de Raoh.

Si les lecteurs ont senti qu’un très grand méchant venait de faire son apparition, alors c’était une victoire pour l’époque. Quand j’y repense, il arrivait que M. Hara travaille sept jours sur sept sans interruption pour la publication hebdomadaire.

Pour en revenir à ce qu’on disait avant, c’est M. Hara qui a créé le personnage de Kenshirō, et vous qui avez créé le personnage de Shin, c’est ça ? Où avez-vous trouvé l’inspiration ?

Shin est inspiré du théâtre Takarazuka. Un look tape-à-l’œil et une attitude noble, comme les rôles d’hommes dans le théâtre Takarazuka. Ou bien le genre d’esthétique que l’on trouve dans le kabuki.

30ans_buronson_04Je vois. Tout de même, cette première apparition où il est complètement nu… Ça m’avait plutôt choqué quand j’étais encore en primaire (rires).

Que veux-tu, c’est un narcissique. Je crois que sur mon scénario, j’avais marqué « un homme avec de beaux muscles, et deux femmes à ses côtés ». M. Hara a étoffé l’idée avec sa propre sensibilité.

Là encore, on retrouve une combinaison unique et forte, comme celle de Raoh et de Kokuō.

Shin, Raoh… Quand j’y repense, je suis content d’avoir trouvé ces noms.

Pour les noms, vous avez décidé au hasard ?

Pour Shin, c’était vraiment au tout début donc oui, c’était mon inspiration du moment. Par contre, pour Souther ça vient du Nanto (Poing du Sud, South en anglais), pour Raoh ça vient de ra ō (empereur), pour Jagi ça vient de jaki (malveillance) etc.

Pour Toki (le temps), j’avais pensé à un moment éphémère et fragile. J’ai continué comme ça à essayer trouver des significations aux noms, mais je dois vous avouer que je sèche un peu pour Shū, par exemple.

Shū ? Si je ne me trompe pas, ça venait de yūshū (excellence).

Oh, c’est la première fois que j’entends ça !

Pour Rei, c’est la beauté, comme dans kirei (beau), karei (splendeur) etc. Le Nanto Suichō Ken est vraiment beau à voir.

Malgré la profusion de personnages et la complexité de l’histoire, je crois que j’arrivais à suivre, même à neuf ans. Bien sûr, avec un œil adulte j’ai compris pas mal de nouvelles choses, mais plus que les scènes de combat, ce sont les personnages qui m’ont séduit et m’ont laissé une forte impression.

C’est une œuvre très accessible. Je pense que même un enfant comprend qu’il faut défendre les plus faibles, qu’il ne faut pas faire subir de brimades à quelqu’un, ou ce que c’est d’être lâche. Moi-même, je ne sais pas à quelle tranche d’âge s’adresse la série. À priori, elle s’adresse aux adultes, mais au final tout le monde peut s’y retrouver.

C’est vrai. À la sortie du Jump le lundi, je rentrais de l’école en courant pour le lire au plus vite. Et le lendemain, le prof qui faisait l’appel nous disait des trucs comme «  Souther est trop fort ! ». Il me semble qu’il avait la vingtaine, mais ça ne l’empêchait pas de lire la série.

Je vois. D’ailleurs, je pense que ce manga n’aurait pas pu être dessiné par quelqu’un d’autre que Tetsuo Hara. Si même en primaire, tu as accroché à l’histoire, c’est grâce à son dessin. C’est une histoire qui est faite pour Tetsuo Hara et personne d’autre.

C’est profond, ce que vous dites là.

Après, c’était une question de goût. J’ai reçu la commande de scénario, j’ai lu les one-shots et j’ai regardé le dessin. Alors certes, il y avait tout l’attrait du Hokuto Shinken ainsi que la phrase « Tu es déjà mort ». Cette phrase m’a vraiment touché, mais si je n’avais pas du tout aimé les dessins, j’aurais peut-être refusé la commande.

Parce que justement vous les confiez à une autre personne, vous aviez vraiment envie que les dessins vous plaisent.

C’est ça. J’aimais bien les dessins de M.Hara, mais en même temps je me disais qu’ils devraient sans doute évoluer pour bien retranscrire l’histoire.

Évoluer, c’est-à-dire ?

Il était très doué, mais c’était encore un jeune débutant. Bref, il avait un potentiel infini. Pour moi, ce n’est pas très intéressant de travailler avec un mangaka dont je perçois les limites. Pour faire une bonne œuvre, il faut que le dessin évolue.

C’est vrai que le dessin de Hokuto a beaucoup évolué. Par exemple, à une époque Kenshirō avait des jambes incroyablement longues.

Enfin bon, au départ je crois que M. Hara n’appréciait pas trop le fait que ce soit moi qui m’occupe du scénario.

Ah, j’en ai entendu parler. Honnêtement, j’hésitais à vous poser la question

J’en ai déjà parlé avant, mais en réalité je n’avais pas connu de gros succès depuis Doberman Deka. Du coup, il aurait peut-être aimé quelqu’un qui ait davantage fait ses preuves. Bien sûr, si j’avais su ça au moment de la commande, j’aurais refusé catégoriquement (rires).

Hahahahaha

Mais bon, si j’avais refusé on aurait jamais eu ça (en montrant les volumes reliés). Les étagères de cette chambre auraient été bien vides.

En gros, je n’aurais pas été assis là en ce moment même. Ça craint. Vous avez vraiment changé ma vie.

Enfin, c’est de l’histoire ancienne. Ce n’est pas comme si on ne s’entendait pas. Il était jeune et donc assez têtu à l’époque.

C’est clair qu’il était jeune. Moi qui ai trente-huit ans, j’ai du mal à imaginer qu’il ait dessiné ça à vingt-deux ans. Moi, à vingt-deux ans je ne faisais que jouer au pachinko (rires).


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Commentaire(s)

Un gaiden est un mot japonais signifiant "histoire parallèle" ou "conte". Le mot est utilisé fréquemment dans la fiction japonaise pour décrire un spin-off d'une oeuvre existante, ce n'est ni une séquelle, ni une préquelle. Cependant, certains gaiden sont aussi des réécritures d'histoires connues, mais vues depuis un autre personnage, une sorte de flashback.

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