Ken Le Survivant n’aurait jamais du être montré aux enfants

005-071Il n’est jamais trop tard pour dissiper un malentendu. A la Japan Expo qui se déroule jusqu’au 7 juillet, l’invité de marque, cette année, s’appelle Tetsuo Hara. Le nom de ce mangaka de 51 ans ne dira peut-être pas grand-chose aux 220 000 visiteurs attendus au Parc des expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis). Blockbuster de la bande dessinée nippone avec plus de 100 millions d’exemplaires vendus dans le monde, sa principale série, « Ken le Survivant », n’en demeure pas moins tout un symbole : celui des obstacles que la pop culture japonaise a dû surmonter pour s’implanter en France voilà plus de vingt ans.

Tetsuo Hara ne savait pas, avant de venir à Paris, que son héros – créé sur papier avant d’être transposé à la télévision – avait à ce point marqué une génération de lecteurs-téléspectateurs français. Il ignorait tout, également, de la polémique qui suivit la diffusion de sa série sur TF1 à la fin des années 1980.

Publié entre 1983 et 1989 dans le magazine Shonen Jump, Ken le Survivant raconte les péripéties d’un personnage à la musculature hypertrophiée dans un monde post-apocalyptique où règne une violence de tous les instants. Parti à la recherche de sa bien-aimée enlevée par un ancien rival, il doit affronter des gangs redoutables en usant d’un art martial meurtrier qui consiste à cibler certains points vitaux entraînant l’implosion des victimes.

Croisée de Mad Max et de soap operas, la série (245 épisodes) est portée au petit écran dans une version animée qui arrive en France en 1989, dans le « Club Dorothée ». Scènes violentes censurées, doublage désastreux, la saga sera supprimée avant la fin dans un climat très anti-manga alimenté par les associations parentales (et par une députée du nom de Ségolène Royal).

Onomatopées cultes

« Ken le Survivant » n’aurait en fait jamais dû être programmé dans une émission pour enfants. « Quand nous avons créé la série avec le scénariste Buronson, le public que nous avions en tête était composé de jeunes adultes et d’adolescents matures, certainement pas de collégiens« , se souvient Tetsuo Hara. Au Japon, la saga n’a pas connu les mêmes tourments, notamment en raison de son second degré, perceptible dans des onomatopées devenues cultes (et non traduites dans les versions françaises).

Tetsuo Hara explique avoir surtout voulu réaliser avec Ken le Survivant un pendant graphique au cinéma qui lui est cher, principalement celui de Bruce Lee. « Mon idée était de faire partager mon amour pour ses films, poursuit-il. Quand Bruce Lee est mort, en 1973, le monde a continué de tourner, Jackie Chan a pris sa place auprès du grand public et on a peu à peu oublié quel formidable acteur il avait été. Je ne voulais pas que Bruce Lee disparaisse des mémoires. »

Jeune dessinateur, Tetsuo Hara avait deux rêves : réaliser une série à gros succès et gagner suffisamment d’argent pour s’adonner à la peinture, son autre passion. Le mangaka a réalisé le premier, pas le second. Le cinéma l’a rattrapé il y a quelques années quand il s’est décidé à ouvrir son propre studio d’animation.

Source : Le Monde 06/07/13

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