Interview Masami Suda – Animeland (1997)

suda2Animeland : Monsieur Suda, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis né le 16 septembre 1943 dans la préfecture de Saitama…

Comment avez-vous débuté dans le domaine de l’animation ?

Eh bien, j’ai toujours aimé dessiner. J’ai donc un beau jour passé une audition aux studios de Tatsunoko. Tatsuo Yoshida, le patron du studio fut assez impressionné par mes dessins réalistes, m’engagea, et c’est comme ça que débuta ma carrière.

Pourtant, on ne peux pas dire que les personnages que vous avez dessinés par la suite soient vraiment réalistes.

C’est vrai. Mais cette base me fut très utile par la suite. De plus, cela me permet encore aujourd’hui d’avoir pu conserver une sorte de style qui m’est propre et personnel.

Vous avez réalisé le générique de la série Gatchaman. Avez-vous rencontré des problèmes particuliers ? Le générique du début est souvent primordial pour le succès de la série dans son ensemble…

Non, pas vraiment, Tatsuo Yoshida était quelqu’un de très professionnel qui avait de très bonnes idées.

Combien de personne travaillaient sur les dessins de cette série ?

En ce qui concerne les dessins clés, il y avait une personne par épisode, ce qui représente environ 1500 dessins par épisode.

Mais c’est phénoménal !

Sur Hokuto No Ken par exemple, il y a eu certains épisodes où j’ai fait les dessins clés tout seul.

Vous avez débuté à la Tatsunoko, où vous avez travaillé pendant près de dix ans. Pour quelles raisons êtes-vous parti à la Toei ?

Je ne suis pas parti de Tatsunoko, en fait j’ai été littéralement débauché par la Toei qui avait absolument besoin de bons animateurs ! Il faut savoir qu’à l’époque la Toei explosait et produisait vraiment de nombreuses séries.

Et maintenant ?

Je suis devenu free-lance, c’est à dire que je ne dépend d’aucun studio en particulier, et que je travaille pour tous. C’est ainsi que je travaille à la Toei mais aussi pour la Tatsunoko avec la nouvelle série de Mach Go, go, go ! qui sera diffusée à la fin de l’année.

Comment s’est passé votre premier travail en tant que character designer sur Starzinger ?

A Tatsunoko, je n’étais pas designer officiellement, mais Tatsuo Yoshida développait ses personnages avec nous, et nous les dessinions tellement qu’ils étaient quasiment les nōtres. Il est vrai que sur Starzinger, j’ai effectué le même travail, mais sur les personnages de Leiji matsumoto. J’étais aussi très fier évidemment, car j’étais aussi un peu plus libre de m’exprimer.

Venons-en maintenant à votre série majeure, Hokuto No Ken. Que pensez-vous du manga ?

La BD est vraiment superbe, le dessin est très fort. J’ai été impressionné, d’autant plus qu’à l’époque, le dessinateur avait à peine une vingtaine d’année.

Le style au début de la série télé est quand même très différent de celui du manga.

Oui, le style de la BD était très complexe, il fallait un peu modifier tout ça.

Vous l’avez fait en accord avec Hara et Buronson ?

Non, la BD et l’animation sont deux mondes très différents et chacun de ces mondes suit son propre chemin.

Pourtant le style s’est considérablement développé par la suite, pour atteindre un très haut niveau avec le film…

C’est vrai, mais plus nous dessinions les personnages, plus la série avait du succès et plus notre style s’est amélioré. De plus, cette évolution étant un peu plus réaliste dans le dessin, cela ne pouvait que me convenir.

Qu’est ce qui vous a causé le plus de problème dans la série ?

Surement les positions des personnages. Les postures des combattants étaient très difficiles à réaliser. Il fallait qu’elles soient assez fluides et souples, mais aussi très puissantes et visuelles.

suda1Tetsuo Hara a créé des personnages qui sont très plastiques, et très musclés. Ce dut être assez difficile à retranscrire à l’écran, non ?

Justement, cela se voyait au niveau des postures. J’ai donc du parvenir à une sorte de compromis entre les deux, pour pouvoir rendre toute la puissance des personnages, et qu’ils puissent passer à l’écran.

Quel est votre personnage favori ?

Ken, je pense. J’ai pas mal souffert sur lui, mais j’aime énormément ce personnage.

Pour en terminer avec Ken, avez-vous eu des problèmes au Japon, quant à la violence de la série ? En France, sa diffusion a été interrompue pour ce type de motifs.

Je m’en doutais un peu, car nous avions entendu des rumeurs à ce sujet. Au Japon, nous avons essuyé de violentes critiques, et la série, malgré son succès ne fut pas rediffusée durant de nombreuses années dans la région de Tokyo.

Avez-vous des projets actuellement ?

Je vais commencer les dessins pour la série Mach Go, go, go ! pour la Tatsunoko.

Malgré tout ce travail, avez-vous encore le temps d’avoir des loisirs ?

Je pratique assidûment le tennis et le ski pour les sports d’extérieur, et j’ai aussi une passion pour les voitures de sport, les instruments de musique et la sculpture su bois pour me reposer.

Eh bien merci beaucoup, monsieur Suda, et bonne continuation…

Merci à vous…

Commentaire(s)

Un gaiden est un mot japonais signifiant "histoire parallèle" ou "conte". Le mot est utilisé fréquemment dans la fiction japonaise pour décrire un spin-off d'une oeuvre existante, ce n'est ni une séquelle, ni une préquelle. Cependant, certains gaiden sont aussi des réécritures d'histoires connues, mais vues depuis un autre personnage, une sorte de flashback.

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